La théorie du cerveau triunique

Théorie du cerveau triunique[1]

Annexe du livre La vitalité d’une néo-RenaiSens

Comprendre notre société en mutation

Christine Marsan

 

La théorie du cerveau triunique représente trois cerveaux distincts apparus successivement au cours de l’évolution de l’espèce humaine : un cerveau reptilien, puis un cerveau paléomammalien (apparenté au cerveau limbique) et enfin un cerveau néomammalien (apparenté au néocortex).

Introduit par Paul Mac Lean en 1969, cette vision de l’organisation neuroanatomique est un outil théorique, aujourd’hui controversé, permettant de modéliser l’architecture fonctionnelle du cerveau et l’organisation générale de ses principales aires en relative interdépendance.

 

Phylogénie du cerveau triunique

 

Cette théorie repose sur le fait que l’évolution du cerveau humain s’est faite en plusieurs phases, qui correspondent à l’apparition sur Terre des différentes classes phylogénétiques d’animaux. Ainsi la structure anatomique la plus ancienne de notre cerveau, correspondant au cerveau reptilien, est située le plus profondément. La structure la plus récente, correspondant au cerveau humain, est située à la périphérie du cerveau, à l’extérieur. Cette évolution serait comparable aux écorces successives de l’arbre.

  • Le cerveau reptilien – dit aussi cerveau primitif, archaïque et primaire aurait environ 400 millions d’années. Il remonterait à l’époque où des poissons sortent de l’eau et deviennent batraciens.
  • Le cerveau paléo-mammalien ou limbique, serait notre deuxième cerveau, apparut il y a 65 millions d’années avec l’apparition des premiers mammifères. Il est à l’origine de notre système limbique dévolu aux principaux comportements instinctifs et à la mémoire. Il permet les émotions et déclenche les réactions d’alarmes du stress.
  • Le cerveau « humain » proprement dit – néo-mammalien ou néocortex – serait le résultat de la troisième et dernière phase de l’évolution de notre cerveau. Il n’aurait que 3.6 millions d’années, date d’apparition des Australopithèques africains qui avaient la particularité d’être bipèdes, ce qui implique un développement accru du cerveau. Il permet notamment le raisonnement logique et le langage, l’anticipation des actes.

 

Le cerveau reptilien

Le cerveau reptilien serait donc notre premier cerveau. C’est celui qui régit le fonctionnement des oiseaux, des amphibiens, des poissons et des reptiles.

Au niveau purement anatomique, il correspond, chez l’être humain, au tronc cérébral. Bien protégé, en profondeur, il est la structure cérébrale la plus résistante à un traumatisme crânien. Certains le considèrent plutôt comme le haut de la colonne vertébrale.

Il est responsable des comportements primitifs assurant nos besoins fondamentaux. Il assure la survie de l’individu et de l’espèce. Sa première fonction est d’assurer l’homéostasie. Il assure la régulation de notre respiration, de notre rythme cardiaque, de notre tension artérielle, de notre température, de nos échanges hydriques, gazeux et ioniques, etc.

Il assure la satisfaction de nos besoins primaires ou besoins vitaux tels que l’alimentation, le sommeil, la reproduction, etc. Il est le gardien de réflexes innés tels que le vol migratoire des oiseaux, la ponte des tortues ou des saumons, etc. Il est responsable de notre instinct de conservation et de certains réflexes de défense comme la morsure du serpent, la fuite, l’envol des oiseaux, etc.

Ce cerveau primitif de reptile entraîne des comportements stéréotypés, pré-programmés. Une même situation, un même stimulus, entraînera toujours la même réponse. Cette réponse est immédiate, semblable à un réflexe. Les comportements induits par le cerveau reptilien ne peuvent évoluer avec l’expérience, ne peuvent s’adapter à une situation, car ce cerveau n’a qu’une mémoire à court terme.

Chez l’homme, ce cerveau serait principalement responsable de certains comportements primaires comme la haine, la peur, l’hostilité à l’égard de celui qui n’appartient pas au même groupe d’appartenance que soi, l’instinct de survie, la territorialité, le respect de la hiérarchie sociale, le besoin de vivre en groupe, la confiance dans un leader, etc. Parfois, lors de situations stressantes, cette partie de notre cerveau peut prendre le dessus sur notre néo-cortex, ce qui entraîne des comportements imprévisibles.

 

Le cerveau limbique

 

Le deuxième cerveau, dans l’évolution de l’espèce, est le cerveau limbique, que nous partageons avec les mammifères dits inférieurs, tels les rats ou les lapins[2]. Il a été caractérisé par deux sous parties distinctes qui ont des fonctions différentes[3].

Le paléolimbique va fixer la position d’un animal dans le « troupeau » ou d’un individu dans un groupe par l’apprentissage et en fonction des résultats obtenus à ses comportements passés. La mémoire explicite et l’apprentissage inconscient intervenant, il renforce chacun dans sa place. Ce qui peut notamment avoir pour conséquence que les membres d’un groupe s’entre-tuent, puisqu’ils n’auront pas retenus les résultats de leurs (ré) actions passées. La régulation des comportements se fait par la peur.

Le paléolimbique gère les rapports de force au sein du groupe et définit le positionnement grégaire. Les relations sont alors envisagées en termes de positionnement hiérarchique, ce qui se traduit par la relation dominant-dominé/domination-soumission et qui définit aussi le rapport d’intégration au groupe, c’est-à-dire soit la marginalité face à la norme du groupe qui va conduire à l’exclusion, soit l’intégration « axialité » qui signifie la capacité à se conformer aux standards du groupe.

Les comportements qui sont associés sont l’autosatisfaction et la moquerie, motivés par le besoin de se comparer à l’autre pour se distinguer et savoir qui est le dominant des deux. Et aussi la culpabilité et la fascination pour la violence perverse, toujours dans l’idée de pouvoir exercer un contrôle sur autrui. A contrario, les comportements du dominé vont être la méfiance, la victimisation ou alors l’assurance excessive et la confiance aveugle dans l’autorité de l’autre.

Ce cerveau rend difficile la capacité à penser par soi-même car le groupe étant la référence, la dépendance au regard des autres est grande.

 

La deuxième partie du cerveau limbique est appelée, le néolimbique. Il est le siège des émotions et des valeurs. Il aide à différencier le « bien » et le « mal » et ce qui est ou non autorisé. La régulation des comportements s’effectue par les valeurs et les règles et remplace la mainmise de la peur.

Sa fonction principale est la bonne adaptation à l’environnement social. Il commande aussi les systèmes de croyances comme les mécanismes de motivation, les perceptions de réussite et d’échecs et l’intégration des systèmes de récompense et de punition. Il se définit à partir des compétences développées et s’exprime en termes de maîtrise.

Il communique de manière unilatérale vers le néocortex, il lui adresse des informations d’origine émotionnelle. En revanche, si un ressenti est trop fort, il « coupe » les fonctions cognitives d’interprétation et de traitement propre au néocortex. Il agit comme un filtre, ce qui explique aussi les « trous de mémoire » suite à des stress importants. A ce stade, l’amygdale prend le relais, croyant qu’il s’agit d’un danger, c’est alors le cerveau reptilien qui reprend le pilotage du corps le plaçant en situation de stress, dégageant les hormones (du type adrénaline) afin de préparer la personne à fuir ou à combattre.

Basés sur des acquisitions dans la mémoire implicite, ces comportements sont en général stables dans le temps et leur déprogrammation est lente et difficile, à cause de l’attachement émotionnel aux acquis. Ce cerveau nous laisse assez démuni face à l’inconnu et au complexe. C’est donc par son empreinte, que notre raisonnement et nos attitudes restent binaires et que nous sommes si rigides et apeurés face aux changements.

C’est notre mode « neurophysiologique dominant » : il est plus rapide que le préfrontal et de ce fait, il prend en général le pas sur d’autres options d’actions. La raison en est que le néocortex est le cerveau le plus récent et donc le plus difficile à mobiliser. En matière d’apprentissage, le cerveau limbique, va nous conduire à utiliser plus aisément ce que nous connaissons le mieux, ce qui alimente nos réflexes plutôt que de nouveaux comportements qui nécessitent un effort de distanciation. Notre tendance spontanée consiste, non pas à sortir du fonctionnement limbique, mais à satisfaire les pulsions et les émotions vécues comme des états d’urgence.

 

Cette partie du cerveau utilisera comme comportement face à l’agressivité, en plus des trois reptiliens (fuite, lutte, inhibition) la manipulation ; ce sera une nouvelle forme d’expression du pouvoir, du besoin de dominer autrui, d’avoir raison, de gagner, de prendre sa place au détriment d’autrui.

 

Le cerveau cortical

 

Enfin, le néocortex, ou préfrontal, est le cerveau le plus récent dans l’évolution, nous le partageons avec les mammifères supérieurs, tels que les baleines, les dauphins ou les chimpanzés.

C’est la zone du cerveau où s’élaborent pensées, analyses et prises de décision. Le préfrontal imagine, crée, se projette dans le futur. Il est le cerveau de l’adaptation, de la plasticité, de la créativité. Il donne de la fluidité à accepter le réel tel qu’il est. Il est le lieu de notre capacité à résoudre les problèmes complexes. Il agit et s’exprime avec curiosité, souplesse, nuance, recul et rationalité. Il est particulièrement à l’aise dans la complexité, voire la recherche.

Il est également le siège de notre intelligence émotionnelle. En effet, la différence correspond à ce que nous avons décrit dans le paragraphe précédent. Le limbique est conditionné par les émotions tandis que dans le néocortex, le sujet a la capacité de piloter ses émotions. Il sait exprimer des opinions personnelles de façon stable, indépendante du regard des autres (non qu’il n’en tienne pas compte mais la peur du qu’en dira-t-on ne l’influence pas contrairement au limbique). Il transforme les pulsions telles que la fuite ou l’agressivité en affirmation de soi.

Il nous permet de dépasser les peurs et l’agressivité. Il facilite la médiation dans les cas de conflits et incite à la communication authentique dans la volonté de dépasser des situations violentes ou conflictuelles.

L’intégration sociale s’affine par rapport aux possibilités du limbique. Le néocortex nous donne une image de nous distancée ; nous accédons à la représentation d’autrui comme un autre soi-même, d’où la capacité à manifester du respect, des sentiments et du tact. Il facilite la compréhension de l’autre qui est différent. Nous décidons alors délibérément de le respecter, de rechercher sa singularité et finalement de manifester des attitudes de paix vis-à-vis d’autrui.

 

C’est sa structure souple qui entraîne la capacité à tirer des leçons des expériences, à apprendre et à agir différemment. Il est le centre des aptitudes à changer, notamment, grâce à sa plasticité[4]. Il est aussi la partie de notre cerveau comprenant notre conscience et notre libre-arbitre. C’est grâce à lui, que nous pouvons effectuer des choix conscients et que nous sortons des déterminations biologiques, hormonales et instinctuelles[5]. Il est le siège de la conscience réflexive et des ressources qui nous permettent de développer notre pleine conscience, notre présence à l’instant, nos facultés de détachement et de lâcher prise.

Enfin, plus lent que le limbique puisque plus récent, sans entraînement, il réagit aux stimulations après-coup. D’où la difficulté à l’utiliser pour changer de comportement, exercer son libre-arbitre ou agir avec conscience et éthique[6]. Ce n’est qu’avec l’entraînement que la vitesse de traitement peut s’équilibrer entre limbique et cortical et un jour s’inverser, alors le néocortex pilote principalement le reste du cerveau et du corps. Ce qui est le cas des grands méditants, notamment.

 

C’est dans ce même cerveau que nous détenons la capacité à exercer une influence éthique, respectueuse d’autrui, construisant à deux ou à plusieurs, la possibilité d’une relation qui s’influence de manière délibérée, profitant des apports d’autrui, utilisant son libre-arbitre en étant co-acteur de la transformation.

 

Pensée binaire et limbique, pensée ternaire et corticale

L’homme pense le réel de manière binaire, en blanc ou noir, homme ou femme, c’est la pensée de l’opposition, de la dualité, la pensée du OU. Ce qui le conduit à appréhender ce qu’il rencontre en le classant en deux catégories : pareil OU différent, ce qui va déterminer sa difficulté à tolérer la différence de l’autre. C’est la raison pour laquelle, il est inscrit au plus profond de lui que l’autre représente un danger dont il faut se défendre.

C’est dans le néocortex, que l’être humain pense la complexité, la conjonction des éléments, que s’élabore la pensée ternaire, la pensée du ET qui concilie les opposés[7]. En un mot, c’est elle qui permet la paix, car l’autre ET nous-même pouvons vivre ensemble, chacun à sa place. C’est ainsi grâce au cerveau cortical que la personne tire les capacités à réaliser des médiations, à communiquer de manière authentique et pacifique et à tirer des leçons des situations difficiles. C’est grâce à cette partie du cerveau, que nous pouvons apprendre à respecter autrui dans sa différence.

Enfin, grâce au cerveau cortical nous développons notre pleine conscience, notre liberté et notre présence qui sont les conditions d’une humanité 3.0.

 

Critique du concept

Le concept du cerveau triunique est contesté par Michel de Pracontal dans son livre L’Imposture scientifique en dix leçons[8]. La théorie des trois cerveaux est un modèle vulgarisée par Arthur Koestler où le cerveau humain est présenté en analogie avec un empilement de trois couches géologiques, qui seraient au sens évolutionnaire des éons strictement indépendants, structures cérébrales héritées par l’évolution.

 

Nous partageons la critique car, pour nous aussi, ces trois cerveaux ne sont pas strictement séparés. Les aires cérébrales sont des ensembles en interaction Il y a que si nous voulons respecter l’aspect scientifique nous devons détailler toutes les parties du cerveau impliquées dans un phénomène et qui au-delà des termes médicaux perdent le lecteur et ne lui permettent pas d’accéder facilement à la démonstration.

L’exemple de la peur

À titre d’exemple d’interaction et d’interdépendance, dans le cas de la peur les sens apportent le message stressant pour l’organisme; le message nerveux visuel passe des globes oculaires au cortex visuel primaire situé, comme son nom l’indique, dans le néocortex avant de rejoindre les régions thalamiques sous corticales et parvenir à l’amygdale, situés selon le modèle du cerveau triunique dans la partie paléo-mammalienne, avant de transmettre les signaux appropriés aux modifications corporelles, notamment à la substance grise périaqueducale chargée de provoquer la contraction musculaire et située, encore selon le modèle triunique, au sein du cerveau reptilien.

 

Aussi incomplète et critiquable que soit la démonstration de Paul MacLean ou d’Arthur Koestler, elles ont un avantage pédagogie incontesté pour comprendre les interactions des cerveaux entre eux et le fait que nous ayons des parties plus archaïques que d’autres et que ce sont dans les plus récentes que nous recélons les ressources pour évoluer.

 


[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_du_cerveau_triunique, consulté le 23 décembre 2011. Cette annexe est adaptée du texte de wikipédia et amendée d’un apport de Christine Marsan  dans on dernier ouvrage ; La vitalité  d’une néo-RenaiSens. Comprendre notre société en mutation, Editions Chronique Sociale, février 2013.

 

[2]MacLean P. D., Les trois cerveaux de l’homme, Laffont, Paris, 2000. Kolb Bryan, Whislaw Ian, Cerveau et comportement, Collection : neurosciences et cognition, de Boeck, 2002.

[3]Changeux Jean-Pierre, L’homme neuronal, Fayard, Paris, 1983. Damasio A.R., Spinoza avait raison. Joie, tristesse, le cerveau des émotions, Odile Jacob, Paris, 1999. Fradin Jacques, Le Moullec Frédéric, Manager selon les personnalités, Eyrolles, Éditions d’Organisation, Paris, 2006.

[4] La plasticité correspond au fait que les apprentissages modifient l’activité du cerveau et les interconnexions neuronales.

[5] Vidal C., Nos cerveaux : tous pareils, tous différents, Les Conférences de la Cité, Cité des Sciences, 8 mars 2006. Vidal C., Benoit-Browayes D., Cerveau, sexe & pouvoir, Belin Paris, 2005.

[6]Pour une compréhension visuelle des aires du cerveau et des latéralisations, il existe un site très bien fait et très richement illustré sur le thème. http://lecerveau.mcgill.ca/flash/index_a.html.

[7] Pensée ternaire en écho aux découvertes de la physique quantique.

[8] De Pracontal, Michel, L’imposture scientifique en dix leçons, Seuil, 2005.

 Merci de respecter les copyrights des auteurs, en les citant.

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3 commentaires pour La théorie du cerveau triunique

  1. Ping : L'évolution | Pearltrees

  2. Paul Mac Lean était un neurobiologiste et Michel de Pracontal un journaliste, cela fait toute la différence !

  3. Ping : Cours L1 | Pearltrees

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