Spirale Dynamique

L’évolution de la conscience humaine : la spirale dynamique

 Extrait du livre Délicate Transition – Editions Acatl, 2017 : https://www.amazon.fr/Délicate-transition-lémergence-convergence-explorateurs/dp/1521509301/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1529886359&sr=8-1&keywords=Christine+Marsan 

La dégradation de la condition féminine dans la zone méditerranéenne  concerne très directement le destin d’une partie de l’espèce humaine. C’est-à-dire, en fait, notre destin à tous, car il est exclu, désormais, qu’une importante fraction de l’humanité puisse évoluer à l’écart.

Germaine Tillon

Nous abordons ici un modèle de compréhension de l’évolution de la conscience humaine, la spirale dynamique, qui permet d’apporter un cadre facilitant l’appréhension de la diversité humaine. Cela permet de saisir la raison pour laquelle, dans ce moment délicat de transition, autant de comportements différents et contradictoires sont à l’œuvre et d’apprécier ce qu’il faudrait faire pour faciliter la mutation inexorable de notre civilisation.

La théorie de la spirale dynamique initialement conçue par Clarence Graves, psychologue, a pour objectif de démontrer l’évolution de l’individu en lien avec celle de la société.[1]

Lorsque de nouveaux modèles du monde (nouveaux paradigmes) apparaissent, ils se rajoutent aux précédents et les incluent[2]. La Spirale Dynamique les nomme les niveaux d’existence. Clarence Graves a mis en lumière le fait que de nouvelles connexions neuronales dynamiques s’assemblent automatiquement dans le cerveau humain en réponse à l’évolution des questions existentielles et sociales. Ceci mis en parallèle avec la plasticité du cerveau[3]les possibilités d’évolution individuelle sont reconnues et semblent accompagner les mutations sociétales[4].

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Qu’entend-t-on par niveau d’existence ?

Un niveau d’existence décrit des niveaux de conscience de soi, des autres et du monde et aussi les valeurs et les manières de se comporter. Il est approprié dès lors qu’il est adapté à nos conditions de vie.

Dans l’état actuel de l’évolution de l’espèce humaine, nous en distinguons huit, alternant la priorité donnée à l’expression du soi individuel et celle donnée au collectif. Chaque niveau d’existence est désigné par une couleur.

Afin de comprendre les niveaux d’existence, chaque niveau qui apparaît complète et résoud les problèmes posés au stade précédent. Il correspond à un niveau de complexité de la société. Lorsque celle-ci augmente, cela se traduit souvent par des dysfonctionnements, le niveau d’existence n’est plus adapté et un stade suivant émerge.

Les huit niveaux d’existence sont organisés autour d’une alternance entre stade « centré sur soi » et d’autres « centrés sur le collectif /groupe » que Clarence Graves a qualifié de « sacrifice de soi », n’oublions pas qu’il était psychologue. Les deux polarités qui font osciller l’évolution de la conscience humaine passent donc d’une prédominance pour la satisfaction des besoins individuels puis collectifs, et ainsi de suite.

 Niveau d’évolution de l’humanité et couleur associée

 Nous débutons par les premiers stades que nous pouvons décrire pour rendre compte de l’évolution de l’humanité.

 Beige – survie[5]

 Ce stade correspond aux tous premiers groupes humains au temps de la préhistoire.

 Exprimer le soi automatiquement en fonction
des impératifs physiologiques et des possibilités de l’environnement

Le monde est un milieu naturel.
L’être humain assure sa survie en suivant ses instincts et en satisfaisant ses besoins biologiques.

La structure sociale est organisée en petits groupes nomades.
La pensée est automatique, composée d’habitudes et de réflexes.

Pas de système de valeurs conscient.

Transition du beige au violet : la découverte du feu et le façonnage des métaux en outils agricoles, culinaires et en armes complexifie les rôles sociaux et les interactions inter-groupes. La conscience magique émerge.

 Un regard d’ethnologue sur l’évolution de l’humanité

Germaine Tillon, ethnologue, spécialiste du Maghreb, de l’Algérie et de L’Aurés, dans son ouvrage Le harem et les cousins[6] a réalisé une étude sur la condition des femmes et l’explication historique de leur soumission. Elle démontre que l’aliénation des femmes dans cette zone géographique ne s’explique pas par les lois religieuses chrétiennes, juives ou coraniques, mais par des pratiques sociales archaïques encore vivaces au XXè siècle.

« La claustration des femmes méditerranéennes, les diverses formes d’aliénation dont elles sont victimes, représentent actuellement la plus massive survivance de l’asservissement humain ; en outre elles ne dégradent pas seulement l’être qui en est victime (…), mais – parce qu’aucune société n’est totalement féminine ou totalement masculine – elles paralysent toute l’évolution sociale, et dans la compétition actuelle des peuples, constituent une cause irréparable de retard pour ceux qui n’ont pas su s’en libérer. »

Germaine Tillon démontre comment à l’époque préhistorique, au paléolithique, l’humanité avait fait le choix de l’exogamie comme modalité de vie sociale.

L’exogamie, la plus ancienne règle sociale, la prohibition de l’inceste, obligeait chaque homme à prendre femme dans une autre tribu. Pour ces populations de chasseurs-cueilleurs,l’échange des femmes favorisait leur socialisation et leur évolution ; en outre il maintenait la paix entre les territoires voisins.

Ainsi, pendant des milliers d’années l’être humain a su vivre en harmonie avec le vivant ne prélevant que le nécessaire à la nature, savait limiter les naissances et avait trouvé des modalités de vie sociale et d’échanges inter-groupe apportant durabilité et paix. « On pense, d’après les fouilles (au Paléolithique[7]) actuellement inventoriées, qu’il n’y eut pas recours à la guerre ; on ne trouve pas trace d’anthropophagie sur les restes humains parvenus, jusqu’à nous.. ».

Or, ce n’est pas la situation des tribus du Levant méditerranéen. Dès le début du néolithique des ethnies peu évoluées quant aux institutions sociales inventent l’agriculture et celles qui demeurent nomades, l’élevage.

« En cinq ou six siècles apparaissent la culture des céréales (l’agriculture), la domestication de la chèvre, de la brebis et de la vache et la ville, c’est-à-dire la civilisation.[8] » Les inventions du néolithique comme polir la pierre sont suivies du tissage de la céramique de la navigation en pirogues, charrois ou traineaux à chiens.

Avec ces évolutions ce sont les règlements sociaux qui sont totalement bouleversés, « désormais il ne sera plus nécessaire de se contraindre, on pourra chasser et dévaster à volonté ». Ce qui conduit aussi à « garder les femmes » et la société devient endogame jusqu’à l’inceste (de l’Egypte ancienne à la noblesse européenne).

Le progrès apporte l’accélération des transformations « ce n’est plus en milliers d’années, mais en siècles voire en quarts de siècle que se chiffre le progrès ». La sédentarisation et la civilisation ont alors apporté les deux grands fléaux de l’humanité : « la tyrannie et la guerre auraient ainsi bercé la civilisation naissante ».

Avec les terres possédées c’est alors le temps des guerres de territoire et les conquêtes.

Dès lors l’objectif des « seigneurs » de Méditerranée devient la conquête de la puissance économique de leur clan : ils refusent tout échange, toute communication avec l’étranger qui nuirait au patrimoine familial. C’est pourquoi ces tribus pratiquent l’endogamie : on se marie entre cousins de la lignée paternelle.

Marier sa fille à un étranger est inconcevable car sa part d’héritage irait à ses fils, donc à des étrangers. Par intérêt patrimonial et tribal, on vit entre soi : c’est la « République des cousins » qui existait toujours dans les années 1960 dans le Maghreb.

Il importe de garder les filles de la famille pour les garçons de la famille : la noblesse c’est le sang pur, comme le constatait au XIVe siècle Ibn Khaldoun à propos des femmes : « Leur isolement est un sûr garant contre la corruption du sang qui résulte des alliances avec des étrangers. La noblesse, l’honneur, ne peuvent résulter que de l’absence de mélange. »

Vivre entre soi c’est respecter les valeurs de l’honneur masculin et de la virginité féminine. Dans les fratries du bassin méditerranéen, les frères sont financièrement solidaires, interchangeables en cas de crime ou pour mener à terme une vendetta —le devoir de vengeance— après le meurtre d’un proche. Dans le protocole familial seul se distingue le frère aîné, adulé par sa mère, ses frères et ses tantes, jamais réprimandé ; il est responsable de la virginité de ses sœurs. Il peut même les tuer si elles sont infidèles à leur époux. En outre, les proches et la rumeur tribale poussent les hommes au crime qui survalorise leur virilité.[9]

 Violet – sécurité

Sacrifier le soi aux désirs des anciens et aux coutumes des ancêtres

Le monde est un endroit effrayant empli de pouvoirs mystérieux et d’esprits.

L’être humain obtient la sécurité en apaisant les puissances spirituelles et en respectant les anciens et les ancêtres. Les rites de passage et cycles saisonniers marquent le quotidien des individus. Ils sont très proches de la terre et se représentent la sexualité comme une modalité de rendre hommage à la fertilité.

Les groupes humains restent sur des territoires stables, les déplacements suivent les cultes religieux ou les migrations des animaux, toutefois sur des territoires délimités.

Culte de la Déesse mère.

Structure sociale : tribale.

 La pensée est animiste.

Pas de « moi », l’individu ne compte pas, la tribu, le clan prime. Mode de fonctionnement « familial ».
Valeurs : traditionalisme, sécurité.

Transition du violet au rouge : avec l’agriculture, les sociétés se sédentarisent, c’est l’apparition des sociétés hydrauliques, de l’écriture, du stockage des récoltes et des guerres de territoires, de pillage, de conquête. Les sociétés se structurent et se hiérarchisent en mode théocratique. Le rouge créée des empires conquérants.

Rouge – pouvoir

Exprimer le soi sans culpabilité pour satisfaire immédiatement ses impulsions

Le monde est une jungle et la nature doit être conquise.
L’être humain assure sa domination et son plaisir sensoriel immédiat en étant le plus fort et le plus malin. Les plus faibles deviennent esclaves.
La pensée  est égocentrique : émergence de l’individualité impulsive.

Le mode d’organisation majoritaire est celui de la domination. A l’instar des dieux de pouvoirs des mythologies de la Grèce antique ou des Vikings (Zeus, Odin, ..), le mythe du héros solairequi tue le dragon (ex: Hercule qui tue le serpent python) et les batailles de conquête sont la norme.

Le code d’honneur et la vengeance sont les modalités d’interaction entre les groupes humains.

Structure socialeféodale et impériale.

Valeurs :exploitation, pouvoir : il faut conquérir le monde. Bravoure, force et honneur.

Transition du rouge au bleu :Pour endiguer la violence du rouge, le bleu invente la Loi, la morale unifiée, centralisée, des religions monothéistes. « Dieu » crée et structure le monde et cela instaure une autorité paternelle protectrice.

 Bleu – ordre

Sacrifier le soi maintenant pour obtenir une récompense plus tard

Le monde est contrôlé par une Vérité Ultime (Dieu unique ou règle absolue). Le monde a un sens, une direction, une signification transcendante.

L’être humainobtiendra une récompense future en contrôlant ses impulsions et vivant selon les principes de cette Loi morale divine. Le principe du salut dans les religions et notamment celles du Livre.

L’ordre moral est fondé sur des principes absolus du bien et du mal (contrainte des comportements impulsifs et obéissance à la Loi, culpabilité). Enfreindre ces codes de conduite entraîne des punitions sévères.

Structure sociale : grandes hiérarchies paternalistes (Eglise, Etat).
La penséeest absolutiste.
Valeurs :sacrifice, salut, Bien et Mal.

Transition du bleu à l’orange : L’être humain a besoin de s’émanciper des grandes religions, de « Dieu » pour développer son autonomie. Les progrès de la science, grâce à la raison cartésienne, expliquent le monde et conduise à l’indépendance et à la liberté.

 Orange – succès

Exprimer le soi de manière calculée
de façon à ne pas déclencher l’agressivité des autres

Le monde est plein de ressources et d’occasions de se créer une vie meilleure.

La science et la raison ont pris le pas sur la morale. Importance du savoir, de la logique, de la démonstration, de l’expérimentation.

C’est la mort des dieux (surhomme de Nietzsche). L’univers est une machine qui suit des lois éternelles. On peut agir sur le monde et les choses à condition de connaître leur fonctionnement.

L’individu est motivé par ses intérêts, l’individualisme et la compétition. Importance du fonctionnel, de l’efficacité, de l’optimisation.

Le monde est un vaste jeu d’échec, l’être humain assure sa réussite personnelle matérielle en saisissant les opportunités pour ses projets individuels.

La position sociale dépend de la réussite individuelle visible.

La pensée est pragmatique et positive.

Valeurs : science, raison, matérialisme, positivisme, individualisme, efficacité, réussite matérielle.

 Transition de l’orange au vert : l’excès de matérialisme et l’individualisme, le progrès poussé à l’extrême ont tellement désenchanté le monde, que l’individu cherche à nouveau du sens et aspire à renouer avec la nature, la spiritualité et les communautés.

 Vert-harmonie

Sacrifier le soi maintenant pour obtenir
l’harmonie pour soi et pour les autres

Le monde est l’habitat commun de toute l’humanité (sensibilité écologique).

Toutes les cultures se valent, perte des valeurs globales.
L’être humain trouve l’amour, la paix et le sens de la vie par l’appartenance, l’égalité et le partage dans la communauté.

Les prises de décision sont faites par consensus, chacun exprime son ressenti.

Les comportements de paix, de non-violence et d’assertivité sont valorisés.

Toute hiérarchie, tout cadre, toute centralisation sont vécus comme une dominance insupportable. Les verts font preuve de militantisme affectif.

Structuration sociale :petites communautés ou équipes à taille humaine.
La pensée 
est relativiste et subjective. Primat de « c’est ce que je pense et que je ressens ».
Valeurs : sociocentrisme, communauté.

 Transition du vert au jaune : le rejet du matérialisme, l’utopie qui devient rêve, la priorité de privilégier le bien-être et la nature en occultant les évolutions technologiques poussent à envisager un regard systémique sur la réalité devenue complexe car mondialisée.

 Jaune – systémique

Exprimer le soi, mais jamais aux dépends des autres,
pour que toute vie puisse continuer de manière naturelle et fonctionnelle

Le monde est un ensemble de systèmes complexes marqué par le changement et l’incertitude.

L’être humain se vit interdépendant et interconnecté.

Il recherche l’intégration des points de vues.

Il fait la distinction entre différents types de hiérarchies, et privilégie les compétences. La notion d’équité et d’équivalence prime sur celle d’égalité.

La prise en compte de l’autre est importante même s’il pense différemment. Le mouvement et flexibilité sont perçus comme la manifestation des flux de la vie.

La spiritualité devient une quête individuelle.

Le jaune est pragmatique, il « bricole » pour trouver des solutions aux problèmes posés par le monde « orange ». Bien qu’ayant une compréhension systémique, il est souvent concentré sur un aspect à solutionner d’où l’émergence de nombreuses startups. Il est pris dans la communication virtuelle et virale immédiate et continue (risque d’addiction et de narcissisme).

Il ne s’appuie pas sur ses aînés car il les considère dépassés.

Structuration sociale :hiérarchies classiques disparaissant au profit de fonctionnement en réseau et horizontal. Interconnexion des réseaux. Multi-localisation avec les nouvelles technologies. Augmentation des slashers[10].

La pensée est systémique.

Valeurs :acceptation, existence.

Transition jaune – turquoise : l’utilisation massive des réseaux sociaux, du virtuel rend les humains un peu désincarnés comme les ordinateurs, le lien humain est prioritairement « virtuel ». La quête narcissique de reconnaissance peut encore être présente. L’action dans le présent peutconduire au manque de vision globale de tous les enjeux. Le monde piloté par les plus jeunes (makers) peut manquer de sagesse.

Turquoise – holistique et intégral

Décider de limiter le soi et celui des autres pour le bien de toute vie présente et à venir.

Le monde est un réseau de composants interdépendants formant un seul grand organisme.

Nous faisons partie du grand Tout. L’individu choisit de se mettre au service et se vit dans une évolution globale.

L’être humain participe à la survie de toute vie sur terre par une vision et une action globales. C’est la réintégration du lien au vivant.

La recherche d’harmonie est faite au travers des interactions.

C’est la grande unification en théorie et en actions. Ce qui se traduit par l’interpénétration des disciplines et des différents plans de la vie : spiritualité / société / science / sexualité / économie / technique / politique. Toutefois, cette intégration n’est pas intellectuelle mais vécue de manière holistique. Le turquoise a une vision globale et macroscopique des problèmes comme des solutions à apporter. Il concilie sens, spiritualité, prospective, pragmatisme et continue à la transition en réunissant les tendances opposées et leur apportant vision et cohérence.

C’est le stade de l’amoindrissement de l’ego, et l’apparition du Soi.

Structuration sociale :interaction des écosystèmes et pilotage organique.

La pensée est holistique.

Intégration des sentiments et des connaissances.

Reconnaissance de l’importance de la mémoire et du fil continu du vivant.
Valeurs : au service du bien commun, communion mature avec le vivant.

 Pour conclure sur ces différents niveaux d’existence, nous reprendrons une description récente, le stade opale élaboré par Ken Wilber et repris par Frédéric Laloux.

 Le stade Opale

Pour Frédéric Laloux[11]qui s’est inspiré des travaux d’Abraham Maslow, de Christopher Graves et de Ken Wilber[12], il nomme stade « opale » celui qui correspond au stades Jaune et Turquoise de Carl Graves.

L’intérêt de cet ajout est que Frédéric Laloux apporte plusieurs caractéristiques complémentaires à celles citées jusqu’ici, bien que faisant l’amalgame des « jaune » et des « turquoise ». Il met l’accent sur des critères d’intériorité et d’authenticité qui sont le propre de la RenaiSens et se distingue bien de la modernité.

L’évolution de la conscience humaine est donc liée à l’augmentation de la complexité du monde et implique plusieurs caractéristiques telles que :

  • maîtriser les peurs de l’égo :ce qui va remplacer la peur c’est la confiance dans l’abondance de la vie. « Nous commençons à accepter que si l’imprévu surgit ou si nous commettons une erreur, les choses s’arrangeront ou, dans le cas contraire, la vie nous aura offert une occasion d’apprendre et de grandir.

On perçoit ici le lien qu’il y a entre la compréhension de l’interconnexion avec le vivant et cette novelle manière de penser qui s’en remet à la vie. Avec la rationalité moderne, ce type de pensée avait été reléguée à la sphère intime et spirituelle, car trop proche pour les cartésiens de l’animisme.

  • Justesse intérieure comme boussole : le référent pour prendre une décision va dépendre des critères intérieurs. « Au nom de notre sentiment de pleine authenticité (…) qu’est-ce qui est « juste en notre for intérieur » ? Le questionnement se fait autour des critères de justesse, de cohérence « avec ce que je me sens appelé à devenir ? est-ce que je fais du bien au monde ? » (…) « Est-ce en résonnance avec mes convictions profondes ? »
  • La vie comme déploiement de soi :l’introspection et la vérité avec soi conduisent également à vouloir manifester dans sa vie sa vocation. « Ce qui (fait avancer les personnes du stade opale), c’est le désir de devenir ce qu’ils sont, de travailler à réaliser ce pour quoi ils sont faits. » Ce qui les amène à pratiquer yoga, médiation, arts martiaux, pleine conscience, marche dans la nature afin de révéler qui ils sont.
  • Se focaliser sur ses forces :cette compréhension que « la vie ne demande pas autre chose que de devenir ce que nous sommes potentiellement » a pour conséquence de ne plus se focaliser sur ses manques mais sur ses forces et potentialités. C’est la raison pour laquelle le changement/progrès est délaissé au profit de la bienveillance, de la compassion et de la pleine présence.
  • Accepter l’adversité de bonne grâce :au lieu de voir les obstacles comme des difficultés ou des épreuves, « ces aléas sont considérés comme les moyens que la vie emploie pour nous enseigner quelque chose sur le monde et nous. » « Nous multiplions plutôt les petits ajustements au rythme des problèmes que nous rencontrons et qui nous font grandir. »
  • Une sagesse au-delà du rationnel : la complexité impose une vision systémique et pluridisciplinaire, la surcharge d’informations empêche de poursuivre les modes de prise de décision dits « cartésiens et rationnels ». Le stade opale se réconcilie avec les émotions et l’intuition, dit autrement avec l’hémisphère droit du cerveau (d’où aussi les notions holistiques). « Il y a une intelligence dans l’approche analytique et une sagesse dans les émotions ». « L’intuition honore la nature complexe, ambiguë, paradoxale et non linéaire de la réalité. (…) L’intuition est le muscle que l’on peut exercer, tout comme la pensée logique : plus nous apprenons à être attentifs à nos émotions, à les honorer, à leur demander quelle vérité et quelles indications elles renferment, plus nous verrons monter de réponses intuitives à la surface. » Les évolutions de nos représentations sur la cognition et le fonctionnement du cerveau rendent visible notre capacité à sortir du raisonnement binaire du « OU » et à savoir gérer les paradoxes[13]en développant la pensée du « ET », celle qui concilie contradictions et complexité des référentiels.
  • La pleine authenticité, en relation à la vie et à la nature : comme nous l’avons vu tout au long de l’ouvrage, les burn-out et malaises de toutes sortes proviennent notamment du clivage entre valeurs, aspirations de quelques-uns et les modalités de la société dominante à apporter des réponses (société, entreprises, institutions..). De plus en plus de personnes souhaitent vivre en harmonie entre valeurs, « être entier dans sa relation à autrui ; et de restaurer la relation à la vie et à la nature. » L’ouverture du stade opale à la spiritualité provient à la fois de la quête de sens, qui conduit à la transcendance, du besoin de se relier, de relier les choses entre elles par le souffle, étymologiquement de l’esprit, et « du sentiment profond que nous sommes tous reliés et que nous faisons partie d’un grand Tout. »

« Plus  nous apprenons à être fidèles à ce que nous avons d’unique, plus se révèle à nous ce que nous ne sommes que l’expression de quelque chose de plus vaste, un tissu de vie et de conscience, interconnectés ». Ce qui modifie nos comportements et conduit à la conscience écologique, à la modération et à la sobriété heureuse.

 La Spirale Dynamique prend en considération la complexité de la réalité par trois mécanismes :

  • Chaque niveau d’existence comprend des aspects positifs et négatifs qui peuvent être évalués ;
  • Les niveaux d’existence ne sont pas aussi distincts et tranchés que dans le résumé précédent. L’avancée en spirale symbolise les transitions entre les différentes étapes quand un niveau d’existence commence à se dissiper et que le suivant émerge ;
  • Un niveau d’existence ne remplace pas son prédécesseur mais se rajoute à lui, ce qui explique qu’une personne peut manifester, dans un contexte donné, plusieurs niveaux d’existence dans des proportions variables.

Avec l’anthropocène et l’accélération des progrès technologiques, les cycles des niveaux d’existence se succèdent à un rythme accéléré. Les premières étapes (beige, violet) ont mis des milliers d’années à advenir, les suivantes (rouge et bleu) quelques siècles et aujourd’hui les derniers niveaux d’existence quelques décennies (orange, vert) voire années (jaune, turquoise). Ce qui renforce, d’une part, la sensation d’accélération des transformations et, d’autre part, la confusion pour comprendre notre quotidien, devenu, de fait, multi référentiel.

Faire référence à la spirale dynamique c’est tenter de comprendre les chocs de paradigmes co-existant actuellement et saisir l’évolution de la conscience humaine. On peut alors mieux comprendre comment chacun gère la complexité du monde en fonction de ses ressources psychologiques d’adaptation (à la fois cognitives et affectives) et aussi le système de valeurs issu de la culture à laquelle il appartient ou à laquelle il se réfère. Parfois, la multi-appartenance conduit à des conflits intra-psychiques qui mettent le sujet sous tension qu’il peut retourner contre lui et cela participe aux burn-out ou qu’il reporte à l’extérieur et explique, en partie, les violences sociales.

Car de tout temps les civilisations se sont adoptées ou rejetées en bloc.

Germaine Tillon

 

Ainsi, face à la complexité du monde, nous pouvons identifier, en ce moment de RenaiSens, plusieurs niveaux d’existence concomitants (voir livre).

Notes :

[1]Clarence Graves développa une théorie permettant de réconcilier les approches de la nature humaine et de la maturité psychologique. Il rassembla une quantité d’informations entre les années 1952 et 1959 et fit des tests qui conduisirent à la fondation de sa théorie qu’il nomma « The Emergent Cyclical Levels of Existence Theory » (ECLET) (théorie de l’émergence cyclique des niveaux de l’existence).

Sa théorie soutient la possibilité que « la nature de l’homme n’est pas un ensemble statique, elle est perpétuellement émergente, c’est un HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_ouvert »système ouvert et non fermé ».

Ses travaux ont été repris ensuite par HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Christopher_Cowan&action=edit&redlink=1″Christopher Cowan, HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Don_Beck »Don Beck, HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Dudley_Lynch&action=edit&redlink=1″Dudley Lynch puis HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Ken_Wilber »Ken Wilber. HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Clare_Graves »http://fr.wikipedia.org/wiki/Clare_Graves, consulté le 12 juin 2015.

[2]Extrait adapté de la Spirale dynamique, Fabien et Patricia Chabreuil, InterEditions, 2012.

[3]HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Plasticit%C3%A9_neuronale »http://fr.wikipedia.org/wiki/Plasticit%C3%A9_neuronale

[4]HYPERLINK « http://www.scienceshumaines.com/que-faire-de-notre-cerveau_fr_4399.html »http://www.scienceshumaines.com/que-faire-de-notre-cerveau_fr_4399.html

 

[5]Adapté de F. et C. Chabreuil et de Jacques Ferber : HYPERLINK « http://www.lirmm.fr/~ferber/Cognition/Spirale-cognition07.ppt.pdf »http://www.lirmm.fr/~ferber/Cognition/Spirale-cognition07.ppt.pdf

[6]Germaine Tillon, Le harem et les cousins, Editions du Seuil, Collections Points, 1966.

[7]Ajout et modification de la citation, par l’auteur, pour commodité de lecture. L’ensemble de cet encadré reprend des citations de Germaine Tillon, issues de on ouvrage Le harem et les cousins.

[8]Citation adaptée du texte de Germaine Tillon.

[9]Adapté de : HYPERLINK « http://lecture-ecriture.com/1605-Le-harem-et-les-cousins-Germaine-Tillion » http://lecture-ecriture.com/1605-Le-harem-et-les-cousins-Germaine-Tillion

 

[10]HYPERLINK « http://www.wedemain.fr/Decouvrez-We-Demain-n-5_a329.html »http://www.wedemain.fr/Decouvrez-We-Demain-n-5_a329.html; Pour une définition de ce qu’est un slasher : HYPERLINK « http://www.myrhline.com/actualite-rh/generation-slasheurs.html » http://www.myrhline.com/actualite-rh/generation-slasheurs.html

[11]Frédéric Laloux, Reinventing Organizations, Vers des communautés inspirées, Diateino, 2015. Cet encadré reprend l’argumentation de Frédéric Laloux et les citations sont extraites de son ouvrage, op.cit.

[12]Ken Wilber, Une brève histoire de tout, Editions de Mortagne, 1997.

[13]Voir les développements sur la pensée du ET dans C. Marsan, Entrer dans un monde de coopération, op.cit ; Choisir la paix, InterEditions, 2010 ;  et sur l’intelligence du sens, de la justesse et de la complexité, voir Intelligence Collective, Co-créons en conscience le monde de demain, Yves Michel, 2014.

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