La coopération : une si délicate entreprise

Nous sommes très nombreux à communiquer sur la coopération et l’Intelligence collective ou coopérative et combien parmi nous y parviennent de manière durable ?

Confondre absorption et coopération

Il y a celles et ceux qui confondent coopération et absorption : c’est-à-dire qu’ils entendent par coopération le fait de venir dans leur écosystème pour y contribuer et l’invitation devient très vite exclusive. Il n’est pas question que chacun apporte son propre écosystème et son altérité mais que l’un abandonne l’essentiel de ses engagements pour contribuer à l’écosystème de l’autre. Evidemment cela n’est pas de la coopération.

Du territoire de l’individualisme aux berges de l’authenticité

Notre besoin de sens est si fort que nous cherchons à tisser avec d’autres les fils d’un avenir commun qui ressemble à nos idéaux mais qui va se heurter assez vite aux parois de la réalité. Nous venons d’un terreau individualiste et l’entreprise de coopération peut apparaître comme coûteuse en investissement relationnel.

Car il n’y a pas de coopération sans réel échange, partage, dialogue, long et détaillé pour se comprendre dans l’explication de nos différences. Lorsque nous altérités se frottent, nos égos s’arc-boutent et il nous faut la patience de vouloir tisser avec l’autre et un amour inconditionnel pour réussir à embrasser l’autre au-delà de ce qui nous agace en premier lieu chez lui.

Les bienfaits de notre part d’ombre

Bien évidemment, cet agacement est à regarder en miroir. En quoi ce qui nous agace chez l’autre trouve-t-il un écho chez nous? Quelle est cette part d’ombre que nous n’avions pas vue et qui pourrait s’exprimer?

Osons la regarder, y faire face, la reconnaître et la dialoguer avec autrui et nous ferons l’expérience magique de la dissolution de la difficulté par l’énonciation de nos inconforts, frustrations jusqu’à toucher nos besoins fondamentaux dissimulés sous les épaisseurs de nos réactivités émotionnelles.

La maturité émotionnelle : indicateur de maturité à coopérer

C’est alors un bon indicateur de maturité émotionnelle que de pouvoir ou non dialoguer avec une personne avec qui l’on veut coopérer. Et si l’on touche un aspect délicat et qu’elle vous dit : « je ne souhaite pas aller plus loin car c’est trop couteux en énergie ». Vous pouvez vous dire que la personne n’est pas prête à faire le trajet intérieur de la rencontre de ses ombres pour tisser véritablement avec l’altérité.

Et combien parmi nous, se fourvoie dans un discours sur la coopération sans parvenir à l’incarner?

L’authenticité : clé des tissages durables

La bonne nouvelle cela nous est arrivé à tous. Toutefois, sur le chemin de la coopération et de l’Intelligence Collective, un jour nous pouvons décider de dépasser nos résistances internes et nos immaturités relationnelles et entrer dans le merveilleux territoire de l’authenticité. Cet espace où nous osons dire qui nous sommes, contacter nos blessures qui nous ont jusqu’ici empêché de rencontrer totalement autrui.

Une fois ouverte cette porte vers l’authenticité de soi et dans la relation à autrui, un champ de merveilles, tel une prairie de coquelicots s’ouvre. Et ce sont alors les cadeaux relationnels qui pleuvent.

Le nombre de conflits : indicateur de maturité émotionnelle

Un autre indicateur de notre maturité émotionnelle et relationnelle est de savoir combien de conflits nous gérons. Lorsque ceux-ci sont quasiment le quotidien, peut-être faut-il s’interroger sur les modalités de notre entrée en relation avec autrui.

Car toujours reporter sur autrui la responsabilité de l’échec de la coopération est une attitude puérile. Elle est évidemment l’affaire et la responsabilité des deux. Etre en désaccord est la traduction de nos altérités qui se rencontrent. Laisser évoluer le désaccord en conflit et ceci de manière régulière, surtout sans prendre en considération le point de vue d’autrui garantit de rester coincé dans le cercle des répétitions des conflits puisque la dynamique relationnelle n’est pas saisie et dépassée.

La position haute et l’équivalence d’humanité

Un autre frein à la coopération et par conséquent à la véritable rencontre avec autrui est la position haute, celle de sachant, de celui qui se sent supérieur et qui l’affiche. Pour établir une relation permettant la coopération avec autrui, il est essentiel qu’il y ait un terreau de confiance et d’équivalence humaine. Ceci afin que se déploie cette relation d’authenticité qui nous permet de nous livrer, sans retenue ni tabou, et de fournir à l’autre les conditions de sécurité pour qu’il se dévoile à son tour. Alors le fil ténu qui unissait les deux parties de la relation devient-il, avec le temps, une corde solide à laquelle amarrer le bateau des possibles.

Cette équivalence d’humanité implique d’avoir pu apaiser son ego de son besoin criant de reconnaissance conduisant aux comportements de comparaison et de compétition.

S’engager dans l’apprentissage de la coopération c’est alors faire ce chemin passionnant de la rencontre avec autrui, tutoyer les aspérités de la différence et rechercher un terrain de conciliation des points de vue opposés afin qu’un espace « tiers » de dialogue puisse émerger et se développer.

Christine Marsan, 22 septembre 2017

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http://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2017/04/15129-intelligence-collective/

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https://theconversation.com/conversation-avec-francois-taddei-leducation-et-l-intelligence-collective-72632?utm_source=facebook&utm_medium=facebookbutton

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Une play list sur l’intelligence collective et la gouvernance

IC et gouvernance

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Vol des étourneaux face à un rapace

La vidéo

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Gérer l’émergence : accueillir le chaos Le défi du facilitateur

Lorsque nous arpentons le chemin du U dans la théorie U[1] d’Otto Scharmer nous empruntons le sentier escarpé de l’inconnu.

 

L’invitation à la présence qui se déguste une fois la descente du U effectuée et avec elle la déconstruction des comportements traditionnels de critique, jugement, cynisme et peur, la rencontre avec l’ici et maintenant peut dérouter. Notamment celles et ceux qui sont habitués à des protocoles précis, des méthodes séquencées et organisées.

 

Faire advenir la présence, permettre à des personnes de se rejoindre dans cet espace singulier, profond et qui ne mobilise que l’être, qu’est le presencing à plusieurs, ne permet pas de prédire à l’avance ce qui va se produire.

Ce partage d’être ensemble est donc inédit et bouscule les repères et les habitudes de l’agir.

Alors dans ce moment de partage similaire à une communion de cœur et d’âme, les actions sont oubliées pour déguster cette qualité de présence en commun de laquelle va survenir l’émergence d’une Intelligence Collective inattendue.

 

Ainsi, ce moment, est-il souvent perçu comme chaotique, car « on en sait pas où on va », il est en effet uniquement question de qualité de présence et ensuite de faire confiance au processus de coopération qui va faire émerger une intelligence collective dont la créativité dépasse largement la contribution additionnée de chacun des contributeurs.

 

Une composante essentielle pour le facilit’acteur sera de sécuriser le processus, de traverser des étapes d’évolution de l’IC dans le groupe afin de passer cette étape de chaos, sans inquiétude ni remise en cause du processus ou du facilitateur. Et d’inviter chacun à accepter le lâcher prise sur la manière de procéder. Abandonner le contrôle sur le processus, faire confiance, poser les conditions d’émergence et lâcher-prise.

 

Toute l’intelligence de situation du facilitateur va reposer sur la capacité à saisir quand a lieu cette émergence. Il facilite l’expression des peurs et des résistances afin de faire déguster cette étape cruciale et soutenir le groupe à franchir un cap, collectivement, et faire advenir l’étape de la co-création.

 

Christine Marsan

24 janvier 2017

 

 

[1] http://www.acfas.ca/publications/decouvrir/2013/03/theorie-u-changement-emergent-innovation

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Un article pour définir l’Intelligence Collective(Revue Management et Avenir)

https://www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2007-4-page-41.htm

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