STRUCTURATION SOCIALE DU TEMPS

STRUCTURATION SOCIALE DU TEMPS

Ou comment les personnes occupent leur temps relationnel

Christine Marsan

Extrait d’une annexe remaniée du livre Gérer et surmonter les conflits, Dunod, 2010.

Cet articles remanié à partir de la théorie initiale d’Eric Berne, il est enrichi par plusieurs années de pratique et les mises à jour scientifiques.

En tant qu’être humain nous sommes principalement des individus sociaux, nous avons besoin d’autrui pour exister et nous construire comme être humain. Chaque jour, nous avons des relations avec d’autres personnes[1]. Nous ne naissons pas êtres humains, nous le devenons.

On ne nait pas Homme on le devient.

Erasme

Cet article examine la manière dont nous occupons / structurons notre temps social avec autrui, c’est-à-dire quelles sont les modalités relationnelles avec lesquelles nous interagissons et qui nous permettent d’obtenir des signes de reconnaissance et de maintenir un lien avec autrui.

Ce qui se traduit par le besoin d’interagir avec les autres et parfois nous préférons des relations dégradées plutôt que l’indifférence. Toutefois, nous aspirons, tous à des relations de qualité, au bonheur et à l’harmonie avec autrui.

Pour y parvenir, nous avons besoin d’établir des relations de confiance et cette dernière se construit étape par étape ce qui se caractérise par ce qu’est qu’Eric Berne appelle la structuration (sociale) du temps. Ce sont les phases que nous traversons pour aller de l’anonymat ou de l’indifférence à la rencontre authentique et profonde avec l’autre, condition de relations durables.

Ainsi, afin d’obtenir et donner des signes de reconnaissances, nous dispose de sept possibilités, explicitées ci-dessous, dans l’ordre croissant d’engagement émotionnel qu’elles impliquent :

Strcuturation sociale du tempsA chaque étape, l’intensité des strokes (interactions et signes de reconnaissance) augmente à mesure que nous passons du retrait à l’intimité. Ces strokes évoluent également en qualité, l’intensité devient positive à partir de l’intimité, auparavant, les relations peuvent aussi être intenses mais avec des effets parfois positifs et négatifs pour la qualité de la relation.

Description des 7 étapes de la structuration du temps social

RETRAIT/OBSERVATION

Cette étape caractérise deux moments relationnels, soit l’observation, soit le retrait.

Observation

L’observation correspond au moment où nous rencontrons une personne pour la première fois. Nous avons besoin d’un certain temps avant d’entrer en relation avec elle et même avant de lui dire bonjour. Comme le dit l’adage, nous avons besoin de « savoir à qui nous avons affaire ». Cette observation, activée par nos neurones miroirs, va nous permettre de savoir comment communiquer avec elle, nous établissons d’abord un lien d’empathie, puis, nous nous synchronisons[2]pour optimiser nos chances de mettre en place une bonne qualité de relation.

Ensuite, nous entrons dans l’étape suivante qui est celle des rituels.

Retrait

La situation de retrait est différente, elle correspond à un besoin de se protéger du reste du groupe. Quand une personne se met en retrait, elle reste peut-être avec le groupe physiquement, mais elle n’échange pas avec les autres membres.

Dans la mesure où « je ne suis pas engagé dans une communication avec d’autres, j’évite le « risque » psychologique de rejet que je peux percevoir dans l’Enfant. »

C’est également moins coûteux en énergie que prendre le risque de la confrontation avec autrui qui peut conduire à une situation de conflit.

Toutefois, selon ses besoins ou sa personnalité[3], se mettre en retrait pendant une grande partie du temps, peut faire courir le risque du rejet, de l’évitement et de l’indifférence. Le reste du groupe se lassant du manque d’interaction finit par ignorer celui ou celle qui choisit le retrait.

RITUELS

Le rituel le plus connu est le « bonjour », souvent accompagné de « comment ça va ? ».

Sa fonction est de marquer un signe de politesse et de reconnaissance de la présence d’autrui sans qu’il y ait pour autant l’intention d’entamer un dialogue ou une véritable discussion.

Lorsque cela manque, nous nous sentons mal à l’aise car pas reconnu, dans notre simple existence, pas vu en quelque sorte par l’autre. Cela peut être même perçu comme un signe d’exclusion, surtout si c’est répété.

C’est un rituel car dans la majorité des cas, personne d’attend de réponse, c’est un rituel de reconnaissance de la présence d’autrui, une marque de courtoisie et de respect.

Cependant, pour certains qui ont comme caractéristique de personnalité de rechercher des relation authentiques[4], ils peuvent mal vivre ce manque de « considération » surtout s’ils ont besoin d’entamer un réel dialogue.

C’est donc le premier niveau de strokes (signes d’interaction relationnelle) positifs et connus. C’est aussi un repère social et culturel. La norme des bonjours change selon les cultures, les groupes sociaux et les organisations : poignées de main, embrassades et autres codes culturels qui facilitent la reconnaissance comme membre d’un groupe spécifique.

PASSE-TEMPS

C’est le moment durant lequel nous échangeons des « banalités » et nous parlons de météo, de ce que nous avons vu à la télévision. Ce sont les conversations dans les taxis, avec des inconnus, lorsque l’on attend et qu’il semble difficile de ne pas échanger quelque chose, mais la barrière du convenu masque les possibles conversations plus essentielles.

Un passe-temps, comme un rituel, se déroule d’une manière connue, mais son contenu n’est pas programmé aussi strictement que celui d’un rituel ; les acteurs ont plus de latitude pour aborder une certaine variété de sujets[5].

Dans tout passe-temps, les personnes parlent de quelque chose qui ne les engagent ni dans une action ni dans implication relationnelle.

Une indication fréquente du passe-temps, c’est quand « passe-temps » égale « temps passé »‘.

Nous testons le lien à aurui et ses modaliéts relaitonnelels comme son niveau de structuration sociale (sans le savoir), cette personne peut-elle aller vers de l’authenticité assez directement ou maintient-elle des barrières…

Parfois, ce sont les discussions à la machine à café peu engageantes ou alors basées sur les jugements sur autrui et les rumeurs partagées et à nouveau véhiculées à l’issue de l’échange (étape des commérages).

Dans les échanges sociaux, c’est une manière pour les gens de « se sonder » pour trouver les partenaires éventuels d’un échange de strokes plus intenses qui aura lieu dans les jeux ou dans l’intimité.

ACTIVITES

Une fois les rituels et passent-temps terminés, la plupart des personnes surtout dans une organisation, se mettent à travailler, ensemble.

Dans l’activité, les gens concentrent leur énergie pour obtenir un résultat concret. La communication vise à atteindre un but, pas seulement à en parler.

Les strokes apportés par l’activité peuvent être à la fois conditionnels positifs et conditionnels négatifs.

Cependant, la proximité relationnelle aboutit à « mieux » se connaître sans pour autant établir des relations authentiques et de qualité. Les différences de fonctionnement peuvent aboutir à des tensions qui vont donner lieu à des commérages (étape suivante).

COMMERAGES

Cette étape correspond à ce que décrit Yuval Noah Harari dans Sapiens[6]à savoir que l’être humain en se développant a construit des interactions sociales basées sur les discussions portées sur les membres du groupe et de la communauté. Cela aurait participé au développement de nos compétences langagières et permis de tisser des liens durables entre les gens.

Toutefois, nombre de ces échanges sont surtout des jugements et des critiques sur autrui qui fomentent commérages et rumeurs et peuvent être source de discorde.

Ils provoquent de l’intensité relationnelle par les jeux d’alliance « pour » ou « contre » telle ou telle personne ou groupe social. Les discussions peuvent être vivent et animées et mobilisent toute une palette d’émotions.

JEUX

Les jeux psychologiques[7]sont ce moment de la relation où la fluidité s’est interrompue. Tout devient compliqué, les interactions sont difficiles et douloureuses, les jugements et les critiques fusent. Les émotions sont mobilisées et tout le monde est à fleur de peau, les conflits sont larvés ou éclatent de par les malentendus liés aux différences de personnalité, d’enjeux, de compréhension de la réalité.

L’étape des jeux psychologiques donne l’impression que les échanges sont bloqués et tournent en rond. Chacun tourne autour de trois rôles : victime, persécuteur, sauveteur. Le fait d’être bloqué sur une vision de la réalité et d’avoir du mal à en sortir conduit à ce que la tension monte entre les protagonistes de l’histoire jusqu’à ce que cela se termine par un coup de théâtre. La cocotte minute explose afin que la tension diminue.

Les personnes « jouent » plutôt que de parvenir à une situation de communication authentique, souvent parce qu’ils ne savent pas comment établir d’autres types de relation et ce stade procure une grande intensité de strokes qui, s’ils ne sont pas encore positifs, apportent au moins de l’intensité.

INTIMITE / AUTHENTICITE

Enfin, nous parvenons à établir des relations de qualité, privilégiant l’authenticité lorsque nous nous sentons en confiance et en affinité avec autrui.

Alors nous nous livrons car nous ne nous sentons pas jugés. Nous exprimons nos sentiments et nos désirs authentiques sans les censurer. Nous réussissons à parler nos différences et à formuler nos besoins.

Dans l’intimité/authenticité, il n’y a pas de « messages secrets », le niveau social et le niveau psychologique sont cohérents et là réside la différence majeure entre l’intimité et les jeux.

Dans un jeu, chaque personne fait porter à l’autre la responsabilité du résultat. Dans l’intimité, chacun assume sa propre responsabilité.

Enfin, si les jeux psychologiques épuisent de par la charge émotionnelle mobilisée par les relations conflictuelles, l’intimité/authenticité, à l’inverse, apporte réconfort, apaisement et surtout recharge émotionnellement. Les personnes sortent d’un moment de relation authentique, régénérées.

LA STRUCTURATION DU TEMPS

SYNTHESE

LE RETRAIT

Isolement physique ou mental (rêverie, réflexion, etc.) La personne en situation de retrait ne compte que sur elle-même pour recevoir des stimulations positives ou négatives.

 

 

LE RITUEL

Echange de stimulations sûr et prévisible dans lequel la personne se conduit de façon répétitive vis-à-vis d’autrui (rituel de salutations), et aussi d’elle-même (rituel du rasage, ou du maquillage).

 

 

LES PASSE-TEMPS

On « parle de quelque chose » sans autre but que de recueillir des signes de reconnaissance, sans trop de risques, et ainsi de repérer d’éventuels partenaires pour une relation plus impliquée.

 

 

L’ACTIVITE

L’énergie est orientée vers un but et vers des objets extérieurs (travail, sport, violon d’Ingres, études, etc.). Les activités, parce que productrices ou créatrices, procurent beaucoup de stimulations.

 

 

LE COMMERAGE

Le temps est passé à juger, critiquer, parler sur autrui, souvent le dévaloriser et colporter rumeurs et ragots sur l’autre.

 

 

« LES JEUX »

Manipulations émotionnelles de soi ou d’autrui aboutissant systématiquement à des sentiments désagréables, mais prévisibles, donc « rassurants ».

 

 

L’INTIMITE

Expérience gratifiante d’échange direct et spontané, des signes de reconnaissance avec soi-même et avec autrui, sans but caché.

L’intimité découle de la confiance et donc de l’absence de défenses.

 

Bibliographie :

Eric Berne, Des Jeux et des Hommes, Stock, 1984.

John Bowlby, Attachement et perte. 1-L’attachement, Le fil rouge, Puf, 2002.

Christine Marsan, Gérer et surmonter les conflits, Dunod, 2010 ; Choisir la paix, InterEditions, 2012.

Christel Petitcollin, Victime, bourreau ou sauveur, comment sortir du piège ?Poches, Jouvence, 2011.

Gioacomo Rizzolatti, Corrado Sinigaglia, Les neurones miroirs, Odile Jacob, 2011.

Ian Stewart,Vann Joines, Manuel d’Analyse Transactionnelle, InterEditions, 2014.

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[1]La fréquence dépend de notre vie de famille, vivons-nous seuls, en couple, en famille nucléaire ou en clan, et dans quel territoire, vivons-nous dans un village ou une grande ville ? Toutefois, avec les réseaux sociaux, les interactions peuvent être quotidiennes même pour une personne isolée.

[2]Synchronisation bien décrite dans la PNL : Richard Bandler, John Grindler, Les secrets de la communication, J’ai Lu, 2011.

[3]Voir le modèle Insights.

[4]Personnalité de type « vert ».

[5]Plus l’environnement est multiculturel et plus ces codes sont multiples donc brouillés.

[6]Yuval Noah Harari, Sapiens, Albin Michel, 2015. Une réserve : je ne partage pas une bonne partie de ces analyses qui participent à renforcer la vision de la nature de l’homme négative et violente. Postulat largement contredit par de nombreux scientifiques par ailleurs. Mais sur ce point, je note l’apport.

[7]Voir document sur les jeux psychologiques.

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Spirale Dynamique

L’évolution de la conscience humaine : la spirale dynamique

 Extrait du livre Délicate Transition – Editions Acatl, 2017 : https://www.amazon.fr/Délicate-transition-lémergence-convergence-explorateurs/dp/1521509301/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1529886359&sr=8-1&keywords=Christine+Marsan 

La dégradation de la condition féminine dans la zone méditerranéenne  concerne très directement le destin d’une partie de l’espèce humaine. C’est-à-dire, en fait, notre destin à tous, car il est exclu, désormais, qu’une importante fraction de l’humanité puisse évoluer à l’écart.

Germaine Tillon

Nous abordons ici un modèle de compréhension de l’évolution de la conscience humaine, la spirale dynamique, qui permet d’apporter un cadre facilitant l’appréhension de la diversité humaine. Cela permet de saisir la raison pour laquelle, dans ce moment délicat de transition, autant de comportements différents et contradictoires sont à l’œuvre et d’apprécier ce qu’il faudrait faire pour faciliter la mutation inexorable de notre civilisation.

La théorie de la spirale dynamique initialement conçue par Clarence Graves, psychologue, a pour objectif de démontrer l’évolution de l’individu en lien avec celle de la société.[1]

Lorsque de nouveaux modèles du monde (nouveaux paradigmes) apparaissent, ils se rajoutent aux précédents et les incluent[2]. La Spirale Dynamique les nomme les niveaux d’existence. Clarence Graves a mis en lumière le fait que de nouvelles connexions neuronales dynamiques s’assemblent automatiquement dans le cerveau humain en réponse à l’évolution des questions existentielles et sociales. Ceci mis en parallèle avec la plasticité du cerveau[3]les possibilités d’évolution individuelle sont reconnues et semblent accompagner les mutations sociétales[4].

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Qu’entend-t-on par niveau d’existence ?

Un niveau d’existence décrit des niveaux de conscience de soi, des autres et du monde et aussi les valeurs et les manières de se comporter. Il est approprié dès lors qu’il est adapté à nos conditions de vie.

Dans l’état actuel de l’évolution de l’espèce humaine, nous en distinguons huit, alternant la priorité donnée à l’expression du soi individuel et celle donnée au collectif. Chaque niveau d’existence est désigné par une couleur.

Afin de comprendre les niveaux d’existence, chaque niveau qui apparaît complète et résoud les problèmes posés au stade précédent. Il correspond à un niveau de complexité de la société. Lorsque celle-ci augmente, cela se traduit souvent par des dysfonctionnements, le niveau d’existence n’est plus adapté et un stade suivant émerge.

Les huit niveaux d’existence sont organisés autour d’une alternance entre stade « centré sur soi » et d’autres « centrés sur le collectif /groupe » que Clarence Graves a qualifié de « sacrifice de soi », n’oublions pas qu’il était psychologue. Les deux polarités qui font osciller l’évolution de la conscience humaine passent donc d’une prédominance pour la satisfaction des besoins individuels puis collectifs, et ainsi de suite.

 Niveau d’évolution de l’humanité et couleur associée

 Nous débutons par les premiers stades que nous pouvons décrire pour rendre compte de l’évolution de l’humanité.

 Beige – survie[5]

 Ce stade correspond aux tous premiers groupes humains au temps de la préhistoire.

 Exprimer le soi automatiquement en fonction
des impératifs physiologiques et des possibilités de l’environnement

Le monde est un milieu naturel.
L’être humain assure sa survie en suivant ses instincts et en satisfaisant ses besoins biologiques.

La structure sociale est organisée en petits groupes nomades.
La pensée est automatique, composée d’habitudes et de réflexes.

Pas de système de valeurs conscient.

Transition du beige au violet : la découverte du feu et le façonnage des métaux en outils agricoles, culinaires et en armes complexifie les rôles sociaux et les interactions inter-groupes. La conscience magique émerge.

 Un regard d’ethnologue sur l’évolution de l’humanité

Germaine Tillon, ethnologue, spécialiste du Maghreb, de l’Algérie et de L’Aurés, dans son ouvrage Le harem et les cousins[6] a réalisé une étude sur la condition des femmes et l’explication historique de leur soumission. Elle démontre que l’aliénation des femmes dans cette zone géographique ne s’explique pas par les lois religieuses chrétiennes, juives ou coraniques, mais par des pratiques sociales archaïques encore vivaces au XXè siècle.

« La claustration des femmes méditerranéennes, les diverses formes d’aliénation dont elles sont victimes, représentent actuellement la plus massive survivance de l’asservissement humain ; en outre elles ne dégradent pas seulement l’être qui en est victime (…), mais – parce qu’aucune société n’est totalement féminine ou totalement masculine – elles paralysent toute l’évolution sociale, et dans la compétition actuelle des peuples, constituent une cause irréparable de retard pour ceux qui n’ont pas su s’en libérer. »

Germaine Tillon démontre comment à l’époque préhistorique, au paléolithique, l’humanité avait fait le choix de l’exogamie comme modalité de vie sociale.

L’exogamie, la plus ancienne règle sociale, la prohibition de l’inceste, obligeait chaque homme à prendre femme dans une autre tribu. Pour ces populations de chasseurs-cueilleurs,l’échange des femmes favorisait leur socialisation et leur évolution ; en outre il maintenait la paix entre les territoires voisins.

Ainsi, pendant des milliers d’années l’être humain a su vivre en harmonie avec le vivant ne prélevant que le nécessaire à la nature, savait limiter les naissances et avait trouvé des modalités de vie sociale et d’échanges inter-groupe apportant durabilité et paix. « On pense, d’après les fouilles (au Paléolithique[7]) actuellement inventoriées, qu’il n’y eut pas recours à la guerre ; on ne trouve pas trace d’anthropophagie sur les restes humains parvenus, jusqu’à nous.. ».

Or, ce n’est pas la situation des tribus du Levant méditerranéen. Dès le début du néolithique des ethnies peu évoluées quant aux institutions sociales inventent l’agriculture et celles qui demeurent nomades, l’élevage.

« En cinq ou six siècles apparaissent la culture des céréales (l’agriculture), la domestication de la chèvre, de la brebis et de la vache et la ville, c’est-à-dire la civilisation.[8] » Les inventions du néolithique comme polir la pierre sont suivies du tissage de la céramique de la navigation en pirogues, charrois ou traineaux à chiens.

Avec ces évolutions ce sont les règlements sociaux qui sont totalement bouleversés, « désormais il ne sera plus nécessaire de se contraindre, on pourra chasser et dévaster à volonté ». Ce qui conduit aussi à « garder les femmes » et la société devient endogame jusqu’à l’inceste (de l’Egypte ancienne à la noblesse européenne).

Le progrès apporte l’accélération des transformations « ce n’est plus en milliers d’années, mais en siècles voire en quarts de siècle que se chiffre le progrès ». La sédentarisation et la civilisation ont alors apporté les deux grands fléaux de l’humanité : « la tyrannie et la guerre auraient ainsi bercé la civilisation naissante ».

Avec les terres possédées c’est alors le temps des guerres de territoire et les conquêtes.

Dès lors l’objectif des « seigneurs » de Méditerranée devient la conquête de la puissance économique de leur clan : ils refusent tout échange, toute communication avec l’étranger qui nuirait au patrimoine familial. C’est pourquoi ces tribus pratiquent l’endogamie : on se marie entre cousins de la lignée paternelle.

Marier sa fille à un étranger est inconcevable car sa part d’héritage irait à ses fils, donc à des étrangers. Par intérêt patrimonial et tribal, on vit entre soi : c’est la « République des cousins » qui existait toujours dans les années 1960 dans le Maghreb.

Il importe de garder les filles de la famille pour les garçons de la famille : la noblesse c’est le sang pur, comme le constatait au XIVe siècle Ibn Khaldoun à propos des femmes : « Leur isolement est un sûr garant contre la corruption du sang qui résulte des alliances avec des étrangers. La noblesse, l’honneur, ne peuvent résulter que de l’absence de mélange. »

Vivre entre soi c’est respecter les valeurs de l’honneur masculin et de la virginité féminine. Dans les fratries du bassin méditerranéen, les frères sont financièrement solidaires, interchangeables en cas de crime ou pour mener à terme une vendetta —le devoir de vengeance— après le meurtre d’un proche. Dans le protocole familial seul se distingue le frère aîné, adulé par sa mère, ses frères et ses tantes, jamais réprimandé ; il est responsable de la virginité de ses sœurs. Il peut même les tuer si elles sont infidèles à leur époux. En outre, les proches et la rumeur tribale poussent les hommes au crime qui survalorise leur virilité.[9]

 Violet – sécurité

Sacrifier le soi aux désirs des anciens et aux coutumes des ancêtres

Le monde est un endroit effrayant empli de pouvoirs mystérieux et d’esprits.

L’être humain obtient la sécurité en apaisant les puissances spirituelles et en respectant les anciens et les ancêtres. Les rites de passage et cycles saisonniers marquent le quotidien des individus. Ils sont très proches de la terre et se représentent la sexualité comme une modalité de rendre hommage à la fertilité.

Les groupes humains restent sur des territoires stables, les déplacements suivent les cultes religieux ou les migrations des animaux, toutefois sur des territoires délimités.

Culte de la Déesse mère.

Structure sociale : tribale.

 La pensée est animiste.

Pas de « moi », l’individu ne compte pas, la tribu, le clan prime. Mode de fonctionnement « familial ».
Valeurs : traditionalisme, sécurité.

Transition du violet au rouge : avec l’agriculture, les sociétés se sédentarisent, c’est l’apparition des sociétés hydrauliques, de l’écriture, du stockage des récoltes et des guerres de territoires, de pillage, de conquête. Les sociétés se structurent et se hiérarchisent en mode théocratique. Le rouge créée des empires conquérants.

Rouge – pouvoir

Exprimer le soi sans culpabilité pour satisfaire immédiatement ses impulsions

Le monde est une jungle et la nature doit être conquise.
L’être humain assure sa domination et son plaisir sensoriel immédiat en étant le plus fort et le plus malin. Les plus faibles deviennent esclaves.
La pensée  est égocentrique : émergence de l’individualité impulsive.

Le mode d’organisation majoritaire est celui de la domination. A l’instar des dieux de pouvoirs des mythologies de la Grèce antique ou des Vikings (Zeus, Odin, ..), le mythe du héros solairequi tue le dragon (ex: Hercule qui tue le serpent python) et les batailles de conquête sont la norme.

Le code d’honneur et la vengeance sont les modalités d’interaction entre les groupes humains.

Structure socialeféodale et impériale.

Valeurs :exploitation, pouvoir : il faut conquérir le monde. Bravoure, force et honneur.

Transition du rouge au bleu :Pour endiguer la violence du rouge, le bleu invente la Loi, la morale unifiée, centralisée, des religions monothéistes. « Dieu » crée et structure le monde et cela instaure une autorité paternelle protectrice.

 Bleu – ordre

Sacrifier le soi maintenant pour obtenir une récompense plus tard

Le monde est contrôlé par une Vérité Ultime (Dieu unique ou règle absolue). Le monde a un sens, une direction, une signification transcendante.

L’être humainobtiendra une récompense future en contrôlant ses impulsions et vivant selon les principes de cette Loi morale divine. Le principe du salut dans les religions et notamment celles du Livre.

L’ordre moral est fondé sur des principes absolus du bien et du mal (contrainte des comportements impulsifs et obéissance à la Loi, culpabilité). Enfreindre ces codes de conduite entraîne des punitions sévères.

Structure sociale : grandes hiérarchies paternalistes (Eglise, Etat).
La penséeest absolutiste.
Valeurs :sacrifice, salut, Bien et Mal.

Transition du bleu à l’orange : L’être humain a besoin de s’émanciper des grandes religions, de « Dieu » pour développer son autonomie. Les progrès de la science, grâce à la raison cartésienne, expliquent le monde et conduise à l’indépendance et à la liberté.

 Orange – succès

Exprimer le soi de manière calculée
de façon à ne pas déclencher l’agressivité des autres

Le monde est plein de ressources et d’occasions de se créer une vie meilleure.

La science et la raison ont pris le pas sur la morale. Importance du savoir, de la logique, de la démonstration, de l’expérimentation.

C’est la mort des dieux (surhomme de Nietzsche). L’univers est une machine qui suit des lois éternelles. On peut agir sur le monde et les choses à condition de connaître leur fonctionnement.

L’individu est motivé par ses intérêts, l’individualisme et la compétition. Importance du fonctionnel, de l’efficacité, de l’optimisation.

Le monde est un vaste jeu d’échec, l’être humain assure sa réussite personnelle matérielle en saisissant les opportunités pour ses projets individuels.

La position sociale dépend de la réussite individuelle visible.

La pensée est pragmatique et positive.

Valeurs : science, raison, matérialisme, positivisme, individualisme, efficacité, réussite matérielle.

 Transition de l’orange au vert : l’excès de matérialisme et l’individualisme, le progrès poussé à l’extrême ont tellement désenchanté le monde, que l’individu cherche à nouveau du sens et aspire à renouer avec la nature, la spiritualité et les communautés.

 Vert-harmonie

Sacrifier le soi maintenant pour obtenir
l’harmonie pour soi et pour les autres

Le monde est l’habitat commun de toute l’humanité (sensibilité écologique).

Toutes les cultures se valent, perte des valeurs globales.
L’être humain trouve l’amour, la paix et le sens de la vie par l’appartenance, l’égalité et le partage dans la communauté.

Les prises de décision sont faites par consensus, chacun exprime son ressenti.

Les comportements de paix, de non-violence et d’assertivité sont valorisés.

Toute hiérarchie, tout cadre, toute centralisation sont vécus comme une dominance insupportable. Les verts font preuve de militantisme affectif.

Structuration sociale :petites communautés ou équipes à taille humaine.
La pensée 
est relativiste et subjective. Primat de « c’est ce que je pense et que je ressens ».
Valeurs : sociocentrisme, communauté.

 Transition du vert au jaune : le rejet du matérialisme, l’utopie qui devient rêve, la priorité de privilégier le bien-être et la nature en occultant les évolutions technologiques poussent à envisager un regard systémique sur la réalité devenue complexe car mondialisée.

 Jaune – systémique

Exprimer le soi, mais jamais aux dépends des autres,
pour que toute vie puisse continuer de manière naturelle et fonctionnelle

Le monde est un ensemble de systèmes complexes marqué par le changement et l’incertitude.

L’être humain se vit interdépendant et interconnecté.

Il recherche l’intégration des points de vues.

Il fait la distinction entre différents types de hiérarchies, et privilégie les compétences. La notion d’équité et d’équivalence prime sur celle d’égalité.

La prise en compte de l’autre est importante même s’il pense différemment. Le mouvement et flexibilité sont perçus comme la manifestation des flux de la vie.

La spiritualité devient une quête individuelle.

Le jaune est pragmatique, il « bricole » pour trouver des solutions aux problèmes posés par le monde « orange ». Bien qu’ayant une compréhension systémique, il est souvent concentré sur un aspect à solutionner d’où l’émergence de nombreuses startups. Il est pris dans la communication virtuelle et virale immédiate et continue (risque d’addiction et de narcissisme).

Il ne s’appuie pas sur ses aînés car il les considère dépassés.

Structuration sociale :hiérarchies classiques disparaissant au profit de fonctionnement en réseau et horizontal. Interconnexion des réseaux. Multi-localisation avec les nouvelles technologies. Augmentation des slashers[10].

La pensée est systémique.

Valeurs :acceptation, existence.

Transition jaune – turquoise : l’utilisation massive des réseaux sociaux, du virtuel rend les humains un peu désincarnés comme les ordinateurs, le lien humain est prioritairement « virtuel ». La quête narcissique de reconnaissance peut encore être présente. L’action dans le présent peutconduire au manque de vision globale de tous les enjeux. Le monde piloté par les plus jeunes (makers) peut manquer de sagesse.

Turquoise – holistique et intégral

Décider de limiter le soi et celui des autres pour le bien de toute vie présente et à venir.

Le monde est un réseau de composants interdépendants formant un seul grand organisme.

Nous faisons partie du grand Tout. L’individu choisit de se mettre au service et se vit dans une évolution globale.

L’être humain participe à la survie de toute vie sur terre par une vision et une action globales. C’est la réintégration du lien au vivant.

La recherche d’harmonie est faite au travers des interactions.

C’est la grande unification en théorie et en actions. Ce qui se traduit par l’interpénétration des disciplines et des différents plans de la vie : spiritualité / société / science / sexualité / économie / technique / politique. Toutefois, cette intégration n’est pas intellectuelle mais vécue de manière holistique. Le turquoise a une vision globale et macroscopique des problèmes comme des solutions à apporter. Il concilie sens, spiritualité, prospective, pragmatisme et continue à la transition en réunissant les tendances opposées et leur apportant vision et cohérence.

C’est le stade de l’amoindrissement de l’ego, et l’apparition du Soi.

Structuration sociale :interaction des écosystèmes et pilotage organique.

La pensée est holistique.

Intégration des sentiments et des connaissances.

Reconnaissance de l’importance de la mémoire et du fil continu du vivant.
Valeurs : au service du bien commun, communion mature avec le vivant.

 Pour conclure sur ces différents niveaux d’existence, nous reprendrons une description récente, le stade opale élaboré par Ken Wilber et repris par Frédéric Laloux.

 Le stade Opale

Pour Frédéric Laloux[11]qui s’est inspiré des travaux d’Abraham Maslow, de Christopher Graves et de Ken Wilber[12], il nomme stade « opale » celui qui correspond au stades Jaune et Turquoise de Carl Graves.

L’intérêt de cet ajout est que Frédéric Laloux apporte plusieurs caractéristiques complémentaires à celles citées jusqu’ici, bien que faisant l’amalgame des « jaune » et des « turquoise ». Il met l’accent sur des critères d’intériorité et d’authenticité qui sont le propre de la RenaiSens et se distingue bien de la modernité.

L’évolution de la conscience humaine est donc liée à l’augmentation de la complexité du monde et implique plusieurs caractéristiques telles que :

  • maîtriser les peurs de l’égo :ce qui va remplacer la peur c’est la confiance dans l’abondance de la vie. « Nous commençons à accepter que si l’imprévu surgit ou si nous commettons une erreur, les choses s’arrangeront ou, dans le cas contraire, la vie nous aura offert une occasion d’apprendre et de grandir.

On perçoit ici le lien qu’il y a entre la compréhension de l’interconnexion avec le vivant et cette novelle manière de penser qui s’en remet à la vie. Avec la rationalité moderne, ce type de pensée avait été reléguée à la sphère intime et spirituelle, car trop proche pour les cartésiens de l’animisme.

  • Justesse intérieure comme boussole : le référent pour prendre une décision va dépendre des critères intérieurs. « Au nom de notre sentiment de pleine authenticité (…) qu’est-ce qui est « juste en notre for intérieur » ? Le questionnement se fait autour des critères de justesse, de cohérence « avec ce que je me sens appelé à devenir ? est-ce que je fais du bien au monde ? » (…) « Est-ce en résonnance avec mes convictions profondes ? »
  • La vie comme déploiement de soi :l’introspection et la vérité avec soi conduisent également à vouloir manifester dans sa vie sa vocation. « Ce qui (fait avancer les personnes du stade opale), c’est le désir de devenir ce qu’ils sont, de travailler à réaliser ce pour quoi ils sont faits. » Ce qui les amène à pratiquer yoga, médiation, arts martiaux, pleine conscience, marche dans la nature afin de révéler qui ils sont.
  • Se focaliser sur ses forces :cette compréhension que « la vie ne demande pas autre chose que de devenir ce que nous sommes potentiellement » a pour conséquence de ne plus se focaliser sur ses manques mais sur ses forces et potentialités. C’est la raison pour laquelle le changement/progrès est délaissé au profit de la bienveillance, de la compassion et de la pleine présence.
  • Accepter l’adversité de bonne grâce :au lieu de voir les obstacles comme des difficultés ou des épreuves, « ces aléas sont considérés comme les moyens que la vie emploie pour nous enseigner quelque chose sur le monde et nous. » « Nous multiplions plutôt les petits ajustements au rythme des problèmes que nous rencontrons et qui nous font grandir. »
  • Une sagesse au-delà du rationnel : la complexité impose une vision systémique et pluridisciplinaire, la surcharge d’informations empêche de poursuivre les modes de prise de décision dits « cartésiens et rationnels ». Le stade opale se réconcilie avec les émotions et l’intuition, dit autrement avec l’hémisphère droit du cerveau (d’où aussi les notions holistiques). « Il y a une intelligence dans l’approche analytique et une sagesse dans les émotions ». « L’intuition honore la nature complexe, ambiguë, paradoxale et non linéaire de la réalité. (…) L’intuition est le muscle que l’on peut exercer, tout comme la pensée logique : plus nous apprenons à être attentifs à nos émotions, à les honorer, à leur demander quelle vérité et quelles indications elles renferment, plus nous verrons monter de réponses intuitives à la surface. » Les évolutions de nos représentations sur la cognition et le fonctionnement du cerveau rendent visible notre capacité à sortir du raisonnement binaire du « OU » et à savoir gérer les paradoxes[13]en développant la pensée du « ET », celle qui concilie contradictions et complexité des référentiels.
  • La pleine authenticité, en relation à la vie et à la nature : comme nous l’avons vu tout au long de l’ouvrage, les burn-out et malaises de toutes sortes proviennent notamment du clivage entre valeurs, aspirations de quelques-uns et les modalités de la société dominante à apporter des réponses (société, entreprises, institutions..). De plus en plus de personnes souhaitent vivre en harmonie entre valeurs, « être entier dans sa relation à autrui ; et de restaurer la relation à la vie et à la nature. » L’ouverture du stade opale à la spiritualité provient à la fois de la quête de sens, qui conduit à la transcendance, du besoin de se relier, de relier les choses entre elles par le souffle, étymologiquement de l’esprit, et « du sentiment profond que nous sommes tous reliés et que nous faisons partie d’un grand Tout. »

« Plus  nous apprenons à être fidèles à ce que nous avons d’unique, plus se révèle à nous ce que nous ne sommes que l’expression de quelque chose de plus vaste, un tissu de vie et de conscience, interconnectés ». Ce qui modifie nos comportements et conduit à la conscience écologique, à la modération et à la sobriété heureuse.

 La Spirale Dynamique prend en considération la complexité de la réalité par trois mécanismes :

  • Chaque niveau d’existence comprend des aspects positifs et négatifs qui peuvent être évalués ;
  • Les niveaux d’existence ne sont pas aussi distincts et tranchés que dans le résumé précédent. L’avancée en spirale symbolise les transitions entre les différentes étapes quand un niveau d’existence commence à se dissiper et que le suivant émerge ;
  • Un niveau d’existence ne remplace pas son prédécesseur mais se rajoute à lui, ce qui explique qu’une personne peut manifester, dans un contexte donné, plusieurs niveaux d’existence dans des proportions variables.

Avec l’anthropocène et l’accélération des progrès technologiques, les cycles des niveaux d’existence se succèdent à un rythme accéléré. Les premières étapes (beige, violet) ont mis des milliers d’années à advenir, les suivantes (rouge et bleu) quelques siècles et aujourd’hui les derniers niveaux d’existence quelques décennies (orange, vert) voire années (jaune, turquoise). Ce qui renforce, d’une part, la sensation d’accélération des transformations et, d’autre part, la confusion pour comprendre notre quotidien, devenu, de fait, multi référentiel.

Faire référence à la spirale dynamique c’est tenter de comprendre les chocs de paradigmes co-existant actuellement et saisir l’évolution de la conscience humaine. On peut alors mieux comprendre comment chacun gère la complexité du monde en fonction de ses ressources psychologiques d’adaptation (à la fois cognitives et affectives) et aussi le système de valeurs issu de la culture à laquelle il appartient ou à laquelle il se réfère. Parfois, la multi-appartenance conduit à des conflits intra-psychiques qui mettent le sujet sous tension qu’il peut retourner contre lui et cela participe aux burn-out ou qu’il reporte à l’extérieur et explique, en partie, les violences sociales.

Car de tout temps les civilisations se sont adoptées ou rejetées en bloc.

Germaine Tillon

 

Ainsi, face à la complexité du monde, nous pouvons identifier, en ce moment de RenaiSens, plusieurs niveaux d’existence concomitants (voir livre).

Notes :

[1]Clarence Graves développa une théorie permettant de réconcilier les approches de la nature humaine et de la maturité psychologique. Il rassembla une quantité d’informations entre les années 1952 et 1959 et fit des tests qui conduisirent à la fondation de sa théorie qu’il nomma « The Emergent Cyclical Levels of Existence Theory » (ECLET) (théorie de l’émergence cyclique des niveaux de l’existence).

Sa théorie soutient la possibilité que « la nature de l’homme n’est pas un ensemble statique, elle est perpétuellement émergente, c’est un HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_ouvert »système ouvert et non fermé ».

Ses travaux ont été repris ensuite par HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Christopher_Cowan&action=edit&redlink=1″Christopher Cowan, HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Don_Beck »Don Beck, HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Dudley_Lynch&action=edit&redlink=1″Dudley Lynch puis HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Ken_Wilber »Ken Wilber. HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Clare_Graves »http://fr.wikipedia.org/wiki/Clare_Graves, consulté le 12 juin 2015.

[2]Extrait adapté de la Spirale dynamique, Fabien et Patricia Chabreuil, InterEditions, 2012.

[3]HYPERLINK « http://fr.wikipedia.org/wiki/Plasticit%C3%A9_neuronale »http://fr.wikipedia.org/wiki/Plasticit%C3%A9_neuronale

[4]HYPERLINK « http://www.scienceshumaines.com/que-faire-de-notre-cerveau_fr_4399.html »http://www.scienceshumaines.com/que-faire-de-notre-cerveau_fr_4399.html

 

[5]Adapté de F. et C. Chabreuil et de Jacques Ferber : HYPERLINK « http://www.lirmm.fr/~ferber/Cognition/Spirale-cognition07.ppt.pdf »http://www.lirmm.fr/~ferber/Cognition/Spirale-cognition07.ppt.pdf

[6]Germaine Tillon, Le harem et les cousins, Editions du Seuil, Collections Points, 1966.

[7]Ajout et modification de la citation, par l’auteur, pour commodité de lecture. L’ensemble de cet encadré reprend des citations de Germaine Tillon, issues de on ouvrage Le harem et les cousins.

[8]Citation adaptée du texte de Germaine Tillon.

[9]Adapté de : HYPERLINK « http://lecture-ecriture.com/1605-Le-harem-et-les-cousins-Germaine-Tillion » http://lecture-ecriture.com/1605-Le-harem-et-les-cousins-Germaine-Tillion

 

[10]HYPERLINK « http://www.wedemain.fr/Decouvrez-We-Demain-n-5_a329.html »http://www.wedemain.fr/Decouvrez-We-Demain-n-5_a329.html; Pour une définition de ce qu’est un slasher : HYPERLINK « http://www.myrhline.com/actualite-rh/generation-slasheurs.html » http://www.myrhline.com/actualite-rh/generation-slasheurs.html

[11]Frédéric Laloux, Reinventing Organizations, Vers des communautés inspirées, Diateino, 2015. Cet encadré reprend l’argumentation de Frédéric Laloux et les citations sont extraites de son ouvrage, op.cit.

[12]Ken Wilber, Une brève histoire de tout, Editions de Mortagne, 1997.

[13]Voir les développements sur la pensée du ET dans C. Marsan, Entrer dans un monde de coopération, op.cit ; Choisir la paix, InterEditions, 2010 ;  et sur l’intelligence du sens, de la justesse et de la complexité, voir Intelligence Collective, Co-créons en conscience le monde de demain, Yves Michel, 2014.

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Intelligence Collective et Responsabilité

Un texte de Robert de Quelen, issu des apprentissages d’Alter’Coop

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La coopération : une si délicate entreprise

Nous sommes très nombreux à communiquer sur la coopération et l’Intelligence collective ou coopérative et combien parmi nous y parviennent de manière durable ?

Confondre absorption et coopération

Il y a celles et ceux qui confondent coopération et absorption : c’est-à-dire qu’ils entendent par coopération le fait de venir dans leur écosystème pour y contribuer et l’invitation devient très vite exclusive. Il n’est pas question que chacun apporte son propre écosystème et son altérité mais que l’un abandonne l’essentiel de ses engagements pour contribuer à l’écosystème de l’autre. Evidemment cela n’est pas de la coopération.

Du territoire de l’individualisme aux berges de l’authenticité

Notre besoin de sens est si fort que nous cherchons à tisser avec d’autres les fils d’un avenir commun qui ressemble à nos idéaux mais qui va se heurter assez vite aux parois de la réalité. Nous venons d’un terreau individualiste et l’entreprise de coopération peut apparaître comme coûteuse en investissement relationnel.

Car il n’y a pas de coopération sans réel échange, partage, dialogue, long et détaillé pour se comprendre dans l’explication de nos différences. Lorsque nous altérités se frottent, nos égos s’arc-boutent et il nous faut la patience de vouloir tisser avec l’autre et un amour inconditionnel pour réussir à embrasser l’autre au-delà de ce qui nous agace en premier lieu chez lui.

Les bienfaits de notre part d’ombre

Bien évidemment, cet agacement est à regarder en miroir. En quoi ce qui nous agace chez l’autre trouve-t-il un écho chez nous? Quelle est cette part d’ombre que nous n’avions pas vue et qui pourrait s’exprimer?

Osons la regarder, y faire face, la reconnaître et la dialoguer avec autrui et nous ferons l’expérience magique de la dissolution de la difficulté par l’énonciation de nos inconforts, frustrations jusqu’à toucher nos besoins fondamentaux dissimulés sous les épaisseurs de nos réactivités émotionnelles.

La maturité émotionnelle : indicateur de maturité à coopérer

C’est alors un bon indicateur de maturité émotionnelle que de pouvoir ou non dialoguer avec une personne avec qui l’on veut coopérer. Et si l’on touche un aspect délicat et qu’elle vous dit : « je ne souhaite pas aller plus loin car c’est trop couteux en énergie ». Vous pouvez vous dire que la personne n’est pas prête à faire le trajet intérieur de la rencontre de ses ombres pour tisser véritablement avec l’altérité.

Et combien parmi nous, se fourvoie dans un discours sur la coopération sans parvenir à l’incarner?

L’authenticité : clé des tissages durables

La bonne nouvelle cela nous est arrivé à tous. Toutefois, sur le chemin de la coopération et de l’Intelligence Collective, un jour nous pouvons décider de dépasser nos résistances internes et nos immaturités relationnelles et entrer dans le merveilleux territoire de l’authenticité. Cet espace où nous osons dire qui nous sommes, contacter nos blessures qui nous ont jusqu’ici empêché de rencontrer totalement autrui.

Une fois ouverte cette porte vers l’authenticité de soi et dans la relation à autrui, un champ de merveilles, tel une prairie de coquelicots s’ouvre. Et ce sont alors les cadeaux relationnels qui pleuvent.

Le nombre de conflits : indicateur de maturité émotionnelle

Un autre indicateur de notre maturité émotionnelle et relationnelle est de savoir combien de conflits nous gérons. Lorsque ceux-ci sont quasiment le quotidien, peut-être faut-il s’interroger sur les modalités de notre entrée en relation avec autrui.

Car toujours reporter sur autrui la responsabilité de l’échec de la coopération est une attitude puérile. Elle est évidemment l’affaire et la responsabilité des deux. Etre en désaccord est la traduction de nos altérités qui se rencontrent. Laisser évoluer le désaccord en conflit et ceci de manière régulière, surtout sans prendre en considération le point de vue d’autrui garantit de rester coincé dans le cercle des répétitions des conflits puisque la dynamique relationnelle n’est pas saisie et dépassée.

La position haute et l’équivalence d’humanité

Un autre frein à la coopération et par conséquent à la véritable rencontre avec autrui est la position haute, celle de sachant, de celui qui se sent supérieur et qui l’affiche. Pour établir une relation permettant la coopération avec autrui, il est essentiel qu’il y ait un terreau de confiance et d’équivalence humaine. Ceci afin que se déploie cette relation d’authenticité qui nous permet de nous livrer, sans retenue ni tabou, et de fournir à l’autre les conditions de sécurité pour qu’il se dévoile à son tour. Alors le fil ténu qui unissait les deux parties de la relation devient-il, avec le temps, une corde solide à laquelle amarrer le bateau des possibles.

Cette équivalence d’humanité implique d’avoir pu apaiser son ego de son besoin criant de reconnaissance conduisant aux comportements de comparaison et de compétition.

S’engager dans l’apprentissage de la coopération c’est alors faire ce chemin passionnant de la rencontre avec autrui, tutoyer les aspérités de la différence et rechercher un terrain de conciliation des points de vue opposés afin qu’un espace « tiers » de dialogue puisse émerger et se développer.

Christine Marsan, 22 septembre 2017

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http://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2017/04/15129-intelligence-collective/

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Une play list sur l’intelligence collective et la gouvernance

IC et gouvernance

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