De la coopération à l’Intelligence Collective : juste un changement de paradigme

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Le monde de l’entreprise a tôt fait de s’approprier de nouvelles dénominations, pris, comme le reste de la société civile dans les effets de mode. Ce qui est nouveau est attirant, cela brille et donne envie. Cependant, bien souvent, il s’agit de la réalité précédente repackagée. Toutefois, il existe des progrès réels et majeurs entre le management participatif, l’Organisation Apprenante et aujourd’hui l’Intelligence Collective.

Je ne vais pas tout redéfinir, juste commenter.

Le parcours de la collaboration à l’IC :

Certaines entreprises fonctionnent surtout encore sur le mode de la compétition, qui ne l’oublions pas ne peut se passer de coopérations mais celles-ci sont déterminées par le profit, les enjeux de carrière et les besoins de domination et de reconnaissance personnelle.

Au fil des décennies, la notion de participation s’est développée et nombre d’entreprises et d’institutions ont décidé de s’y engager, avec plus ou moins de succès, mais il est indéniable que les salariés et managers ont davantage de moyens d’expression, de capacités à se faire entendre et de modalités réelles de collaboration.

L’élan de l’organisation apprenante a ouvert la voie de l’IC (Intelligence Collective) en développant le fait qu’une organisation peut sans cesse apprendre, développer une intelligence qui s’enrichit des contributions (connaissances, savoirs, apprentissages de tous), ce qui donna lieu au développement des capitalisations de compétences et savoirs (Knowledge Management). Il était alors question d’aller plus loin dans la collaboration et ce fut le temps des team building et autres cohésions d’équipe visant à dégager le meilleur des groupes. Cependant souvent les effets euphorisants avaient tendance à retomber comme un soufflet face aux enjeux personnels de pouvoir, aux egos donnant raison aux analyses de la sociologie des organisations.

En parallèle de ces évolutions qui se sont faites dans les organisations depuis les années 70 environ (Style de leadership d’Hersey & Blanchard, 1971), à l’époque il fallait vingt ans pour que les modèles traversent l’Atlantique, pour l’Organisation Apprenante (Cinquième Discipline, Peter Senge, 1991), il a fallu environ dix ans pour que cela se démocratise en Europe. Pour mémoire les travaux de Crozier sur l’analyse stratégique des acteurs date également de 1977.

Depuis trois phénomènes ont modifié la donne.

 D’une part, depuis les années 1960 et disons environ vingt ans après en Europe, les thérapies de toutes sortes, dont brèves, sont apparues et ont permis à des millions de personnes sur la planète de se transformer en profondeur. Les pratiques explosent depuis, et partout naissent des coachs, professionnels d’autres domaines qui prennent conscience de l’importance de l’accompagnement pour eux et pour autrui et qui « tombent dans la marmite ». Catastrophe pour le marché du coaching, mais un magnifique signe sociologique : nombreux sont ceux qui se remettent en cause et qui ont envie d’accompagner les autres. Au-delà des motivations financières de chacun, c’est surtout un signe de générosité et de partage que l’on peut souligner.

D’autre part, dans le même temps la mondialisation des échanges a formidablement développé Internet favorisant les partages d’informations et de connaissances. Là aussi le début fut modeste, dans les années 1995 en France et au fur et à mesure ce fut l’explosion considérablement boosté par l’apparition des réseaux sociaux. Initiés dans les années 1995, ils connaissent une diffusion mondiale environ dix ans après, Wikipédia révolutionne les encyclopédies et l’accès aux savoirs, notamment en les rendant gratuits. Facebook (2006) fait exploser les interactions entre individus partout sur la planète, rendant virtuellement possible le village mondial. Et depuis les sites d’échanges d’informations, de pratiques, de téléchargement de données et les réseaux sociaux émergent partout et sous toutes les formes pour faciliter la diffusion de la connaissance, de préférence gratuite. Les effets de consciences collectives ont été notamment visibles avec les printemps arabes et la soif de démocratie, qu’elles qu’en soient les motivations.

Un troisième phénomène concomitant n’est pas à négliger : celui de la laïcisation et de la démocratisation des pratiques de méditation participant au développement de la conscience humaine et des capacités du cerveau. Et ceci n’est rendu public que depuis six ans environ en France avec les ouvrages de Thierry Janssen, David Servan-Schreiber ou Fabrice Midal, notamment.

Les caractéristiques de l’Intelligence Collective

Et où cela nous conduit-il ? A l’Intelligence Collective. Nous avons les éléments du cocktail idéal pour nous permettre de manifester l’Humanité 3.0 (voir essai : La vitalité d’une néo-renaiSens).

En effet, face aux problèmes que notre humanité a laissé se développer avec la globalisation des échanges et les effets dramatiques de la croissance sur l’environnement, l’issue ne peut passer que par la manifestation de synergies et de collaborations pour les résoudre.

Joli constat mais où en sommes-nous de notre réelle capacité à pouvoir coopérer ?

Et là nous retombons sur les invariants humains : besoin d’exister, manifestation de l’ego, besoin de pouvoir « sur », de dominer pour obtenir de la reconnaissance….

Mais la mondialisation appelle un autre niveau de conscience de notre humanité pour résoudre les problèmes systémiques macro-économiques, sociétaux et politiques. Alors ?

Nombreux sont ceux, en commençant par les sportifs, qui ont fait l’expérience de qui auparavant était réservé aux mystiques. Cette sorte d’extase qui permet de dépasser l’expérience finie de nos limitations incarnées et nous ouvre le champ d’autres niveaux de conscience dans lesquels une autre qualité de jeu, de travail en équipe devient possible.

Les capacités sont décuplées et surtout le sentiment qui en découle c’est que la compétition a disparu et il ne reste plus que le plaisir du jeu et l’articulation des actions au bénéfice de l’ensemble. Les sportifs de haut niveau comme les mystiques constatent que ces moments sont aussi extraordinaires que fugaces. C’est la que la laïcisation de la spiritualité intervient. En entrainant nos capacités neuronales nous développons nos capacités psychiques et nous parvenons à aller plus loin pour nous-mêmes et surtout nous découvrons qu’il existe un Tout supérieur à nos particularismes individuels (sans qu’il soit besoin que ce Tout soit rattaché à une religion ou à une spiritualité). Il s’agit d’une sorte de supra conscience qui nous permet d’appréhender le monde de manière plus vaste, plus rapide, avec des potentialités accrues et surtout le sentiment de pouvoir partager, donner, de faire lien avec le reste de l’humanité et plus largement de la vie et de l’univers et cela est aussi galvanisant qu’un défi pour parvenir à le matérialiser concrètement dans nos vies quotidiennes et notamment en entreprise.

Les méthodes d’Intelligence Collective

Et c’est là que les méthodes d’Intelligence Collective font leur apparition. Il existe plusieurs niveaux de méthodes qui toutes ensemble participent à faire évoluer une organisation d’un niveau de compétition à celui d’IC, bien entendu il faut un peu de temps.

Il y a tout d’abord les différentes méthodes d’Hosting comme on dit en anglais puisque cela vient des Etats-Unis et du Canada, ce qui littéralement signifie la « manière d’accueillir, d’être hôte » d’un groupe. Les plus connues sont les méthodes de world café ou de Forum Ouvert permettant à des dizaines voire des centaines de personnes de travailler ensemble et de réaliser, en un laps de temps donné très court (souvent une journée), des dizaines de productions (solutions nouvelles idées, plans d’actions) pour améliorer le quotidien.

Ces méthodes permettent de développer d’autres manières de travailler ensemble, de développer de réelles coopérations, placent les personnes dans une dynamique positive, dégageant le meilleur de chacun.

Puis, existent les technologies d’IC, c’est-à-dire toutes les plate-forme virtuelles de partage de connaissance, de savoirs, d’e-learning et de valorisation des contributions de chacun qui conduisent les entreprisses à apporter une suite concrète aux méthodes de facilitation précédentes en ancrant les échanges dans des Intranets / plate-forme qui facilitent échanges, valorisent les contributions et des implications. Ceci est d’autant plus performant qu’un socle a d’abord été créé avec des rencontres en présentiel, par les occasions de facilitation.

Enfin, il existe des méthodes permettant à proprement parler de développer l’IC qui sont principalement la théorie U et aussi l’holacratie (mode de gouvernance des comités de direction et des groupes de travail). D’autres méthodes existent, mais principalement la théorie U (Otto Scharmer) va permettre de sortir du mode de fonctionnement ancien paradigme (compétition, comparaison, reproduction des anciens modèles, jugements, critiques, jeux de pouvoir et manifestation de l’ego) pour aller vers les pratiques du nouveau paradigme : développer la présence et la capacité à accueillir l’autre dans sa différence de manière à créer de nouvelles choses (idées, innovations réelles), etc.

L’enjeu pour les entreprises est aujourd’hui d’innover et comme le disait Einstein, il n’est pas possible de créer du nouveau en restant dans le système de pensée de l’ancien modèle, alors donnons-nous les moyens de matérialiser l’humanité 3.0, c’est-à-dire un autre niveau de conscience individuelle et collective au service de la planète et des êtres humains. Et c’est possible, aujourd’hui et dans les entreprises. Un certain nombre d’entre elles sont en chemin.

L’engouement pour l’IC, sans que grand monde sache véritablement ce que cela recouvre ni les enjeux de transformation que cela implique indique en tout cas une appétence pour ce changement. Alors allons-y !

CM

 

Petite bibliographie :

Peter Senge, La Cinquième Discipline, First Editions, Paris, 1995.

Pierre Levy, L’intelligence collective, pour une anthropologie du cyberespace, La Découverte, Paris, 1997.

Philippe-Olivier Clément : https://sites.google.com/site/ifrancocoll/

Jean-François Noubel : http://people.thetransitioner.org/page/library-1

Otto Sharmer, Véronique Campillo, Pierre Miraillès, La théorie U, Pearson/Génération Présence, Paris, 2012.

Le livre blanc sur le Forum Ouvert : http://www.forum-ouvert.fr/

 

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5 commentaires pour De la coopération à l’Intelligence Collective : juste un changement de paradigme

  1. urgusebastien dit :

    J’adore cette façon d’écrire ce qui est entrain d’émerger

  2. Très content de ce texte qui pose les bonnes questions

  3. Pascal.F dit :

    Je suis convaincu depuis quelques années que c’est ce mode de fonctionnement qui doit prévaloir dans nos entreprises…

  4. pacaud isabelle dit :

    Bravo et merci Christine, très clair limpide, au travail !

  5. Billet très intéressant sur la société d’avenir qui doit émerger.

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